American Fays de Anne Fakhouri et Xavier Dollo

Mille mercis au Pumpkin Autumn Challenge pour me permettre -m’obliger- à sortir des livres de ma pile à lire. Celui-ci, si l’on en croit la gentille dédicace de Xavier Dollo, faite au Mans, date d’octobre 2018. Et c’est seulement deux ans après que je m’enfile ses quelques 420 pages en un après-midi. Boum.

Résumé éditeur

Ce Chicago de 1925 a tout du chaudron prêt à exploser ! Entre les Leprechauns mouillés dans la fabrication de faux billets et les gangs qui s’activent en coulisses pour s’emparer des marchés de l’alcool et des speakeasies, autant dire qu’il y a de l’orage dans l’air. Et tandis qu’Al Capone tente de retrouver son influence sur la ville, voilà que des Drys, farouches partisans de la Prohibition, sont atrocement assassinés.
Scarface devient, aux yeux des autorités, le suspect idéal. Furieux et persuadé que les Fays sont dans le coup, il charge une bande de chasseurs de Fays, les No Ears Four, de débusquer les véritables coupables.
Pour Old Odd et son équipe, les ennuis ne font que commencer. Contraints de plonger dans les entrailles d’une ville corrompue et en proie aux guerres des gangs, les quatre nettoyeurs ont intérêt à se serrer les coudes s’ils veulent survivre à la tempête qui s’annonce. Car, quand la Fayrie est impliquée, mieux vaut ne pas trop traîner dans l’œil du cyclone !

Mon avis

Chicago, 1925, Al Capone, Fays. Je crois qu’avec ces quatre petits bouts de résumé vous pouvez déjà avoir une idée farfelue mais on ne peut plus juste de ce que vous réserve American Fays. C’est violent, grandiose, drôle, en bref, complètement survolté. On y retrouve déjà les No Ears Four au grand complet (quatre donc) : Old Odd, un peu vieux, un peu de graisse, surtout enfayrisé et sujet à des crises d’éternuments en présence des fays ; Jack The Crap assassin sombre et ténébreux, dénué de morale ou de tout ce qui se rapprocherait d’une conscience ; le trompettiste Vincente surnommé « Bix » qui dit avoir un cœur de « noir » mais surtout un cœur amoureux ; et enfin Bulldog, gros bras, cœur tendre, pleurant à chaude larmes sur les histoires romantiques. Les quatre hommes ont exactement 72 heures pour retrouver le meurtrier de deux hommes d’influence dont les meurtres sont imputés à leur grand chef : Al Capone.

« Voilà, chuchota Old Odd. Rien de mieux qu’une bonne vieille mitraillette pour ramener tout le monde à la raison ».

Mettant Chicago sens dessus dessous, les quatre comparses foncent d’indice en indice, de rebondissement en rebondissement, énervent des fays, s’acoquinent avec certaines d’entre elles, concluent des promesses et des serments, dorment et rêvent de contes de fays bien connus (Le Petit Poucet, Jack et le Harricot…), s’enfoncent dans les horreurs bien cachés du Chicago des années 20 et mettent au jour différents petits trafics de fays bien dégueulasses. C’est délicieusement violent (beaucoup de tirs de Thompson, beaucoup de dérapages de Ford T façon Taxi, beaucoup de décalquage de tronches), mais aussi très drôle à grand renfort de réparties bien senties. Les femmes ne sont d’ailleurs pas en reste dans ces speakeasies (bar / bordel) avec à la tête du Jude & the Dudes une Jude au sale caractère, amourachée du vieux Old Odd (et peut-être que lui aussi en pince un peu mais il ne faut pas trop l’embêter avec ça), sa nièce, Rachel, promise à un gangster mais la tête sur les épaules, sans parler des « filles » qui prouveront plus d’une fois que non, les filles, mêmes travailleuses du sexe, ne sont pas qu’un corps.

« Allons bon, s’emporta Jude en repoussant sa main. J’étais une pute, me voilà maintenant sorcière ! Et je serai quoi demain ? Le diable en personne ? »

Alors oui il y a quelques facilités. Des schémas un peu classiques, des héros clichés, des rebondissements qu’on voit venir et un dénouement un peu longuet. Mais franchement c’était drôle, piquant, entraînant. Les fays étaient si nombreuses que l’on s’y perdait entre les pixies, les fays du logis, les nymphes, les sirènes, les vouivres, voire même des Fay-Déesse comme Mab dont Shakespeare, Percy Shelley et George Sand lui ont dédié des vers et des musiques, terrifiante et intransigeante. Des choses bien connues se répètent, ne pas violer le serment fait à une fay, leur façon de parler par énigme, et continuent d’entretenir notre petit imaginaire collectif. Tout cela manquait parfois de finesse et de poésie mais dans un monde de gangster est-ce si surprenant ? Quand certain.e.s attendaient du lyrisme, moi, je me réjouissais de quelques scènes de baston bien moches, (mais pour la bonne cause) et de la plume de ces deux auteurs que je ne connaissais pas. Mon coup de coeur ? Les scènes cocasses et truculentes avec Bulldog ce gros benêt au coeur tendre qui se fait artichaud dès qu’il faut taper une fay « arrête de rêver et dézingue-moi ce leprechaun / Pff, il est si mignon… » ou fond en larme lorsqu’un monstrueux personnage, ayant livré un incroyable combat contre lui, se retrouve les quatre fers en l’air. Voilà, c’était débile mais délicieux. J’ai aussi parler d’une histoire d’amour, mais ne vous en faites pas, elle ne prend pas beaucoup de place, mais nous sommes dans un conte de fay que diable, vous vous attendiez à quoi ?

En résumé

American Fays porte très bien son titre. Bourré d’adrénaline, de rixes entre gangs et autres règlements de comptes, même les fays apparaissent plus retors que jolis dans ce Chicago des années 20. On y suit quatre personnages aux caractères bien trempés et aux poings toujours prêts à voler. Rassurez-vous tout n’est pas que jouissives scènes de combat : il y a aussi une enquête qui nous entraîne dans des speakeasies mal fréquentés, des joutes verbales bien senties et beaucoup d’ironie. Malgré ses quelques défauts, mineurs il faut le dire, ce petit pavé était un excellent divertissement riche d’humour et de farceuse faërie

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