La fuite du cerveau de Pierre-Henry Gomont

C’est à une curieuse course poursuite que nous convie Pierre Henry Gomont dans cette nouvelle bande dessinée aux petits oignons, formidable d’humour et abracadabrantesque. Après avoir grandement apprécié Malaterre, j’ai été très heureuse que Babelio et les éditions Dargaud m’envoient ce nouvel opus.

Résumé éditeur

Le cerveau du professeur Albert. L’organe cérébral le plus puissant de tous les temps. Il faudrait le prélever. Le conserver. L’étudier. Le protéger, aussi. Mais comment faire lorsque, en matière de cerveau, on n’a soi-même pas été formidablement pourvu ?

Mon avis

Imaginez que votre cerveau vaille son pesant de cacahuètes. Que tous pensent que votre génie (qui est incommensurable, reconnu par la science entière, désiré par le monde entier, pourchassé par toutes les nations) y est caché, préservé de tous les malandrins. Maintenant, imaginez que grâce à ce formidable organe vous ayez accompli des merveilles, soyez devenu prix Nobel de la Science en 1921, et que vous ayez théorisé la relativité de l’espace-temps, entre autres choses parmi lesquelles le commun des mortels n’y comprend de toute façon rien. Laisseriez-vous votre cerveau entre les mains de n’importe qui ? Légueriez-vous votre corps à la science pour qu’il soit découpé, charcuté, à la merci de tous ceux voulant s’astreindre votre génie ? Non. Einstein non plus. Mais c’était sans compter sur Mr. Stolz.

Mr. Stolz a fait des études brillantes qui le destinaient à soigner les vivants ; au lieu de cela, il découpe les morts : anatomopathologiste (ça fait tout de même plus sympa, sonne presque bien, mais ça reste un sale boulot). Parce que, voyez-vous, le Dr Thomas Stolz n’a pas été « formidablement bien pourvu » en terme de cerveau. Mais à l’intérieur du sien, alors qu’on lui confie les rennes de l’autopsie du célèbre Albert Einstein, il s’est bel et bien passé quelque chose : un aiguillage. Un aiguillage qui lui fait prélever ledit cerveau, l’enfermer dans une boîte et le garder dans son réfrigérateur, sûr de pouvoir prouver où se trouve le génie dans un cerveau humain.

Cet aiguillage le dirige alors à fond de train dans une course poursuite endiablée où tous se trouvent mêlés : lui, la petite neurologue Marianne Ruby pour qui il en pince (aurait-il volé un cerveau juste pour elle ? nooooon), l’effrayant testamentaire de Einstein, Mr Otto et pour finir…Albert. Vous avez bien lu. Albert Einstein, vieux, mort vivant, la moitié de sa caboche découpée, le cerveau a l’air, parlant, gesticulant, et s’attirant des ennuis. Question : comment expliquez-vous que vous vous baladez avec le scientifique le plus célèbre du monde, non mort ? Vous n’expliquez pas. Vous courrez, avec le FBI et les paparazzis aux fesses.

« A son rythme, qui n’est pas très élevé, Stolz se familiarise avec l’idée que toute cette histoire, la trépanation en catimini, le vol du cerveau et son étude, tout cela pourrait bien s’apparenter à une forme de bourde ».

Abracadabrantesque, rocambolesque, truculent, drôlatique, sont des termes qui conviennent parfaitement à cette bande dessinée dont le scénario est basé sur un fait réel. Et oui messieurs dames, le Dr Thomas Stolz Harvey, en 1955, a bel et bien volé le cerveau d’Albert comme on volerait un bonbon à la boulangerie, à la barbe et au nez de l’acariâtre boulangère. En partant de ce fait déjà parfaitement absurde, Pierre-Henry Gomont effectue une extrapolation bourrée d’humour et d’erreurs d’aiguillages, jouant avec les cases de la BD comme on jouerait avec notre matière grise, tranchant les codes plus classiques de la mise en page comme on trancherait dans le… Mmf. Vous déjeunez, là, tout de suite ? C’est intelligent, aborde tout un tas de choses de façon légère, de la neurologie à la mort, de l’aliénation à la folie passagère.

Les dessins sont toujours aussi foisonnants, pleins de bulles à l’intérieur des bulles, mises en abîme de couleurs et de saynètes. Je suis particulièrement séduite par la façon dont chaque petite action mise en scène nous parle, comme si on pouvait se passer de tout notre langage, se laisser porter de case en case. Cerveau en pause mais la matière grise en ébullition avec dans l’idée que cette fin ne finira pas forcément bien mais pas forcément mal non plus puisque « toute action qui engage l’âme aura pour épilogue un repentir ou un chagrin » René Char.

En résumé

Avec ses formidables dessins, dont je commence à devenir coutumière, Pierre-Henry Gomont signe une bande dessinée truculente, drôle et intelligente en s’inspirant d’un fait réel : le vol du cerveau d’Albert Einstein. De surprise en rebondissements, de voiture en motel, de science en sentiment, nous voilà entraînés dans une histoire passionnante et foisonnante dont chaque planche est un petit régal pour les yeux et le cerveau ❤

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