Les fracas du silence de Fabien Fernandez

J’avais adoré Détroit et Nola Forever de Fabien Fernandez chez Gulf Stream Editeur et, à l’instar de Charlotte Bousquet, l’auteur m’a envoyé son nouveau roman chez scrineo : Les Fracas du Silence. Je tiens à le remercier, ça me touche beaucoup quand un roman souhaite que je lise son livre, ça veut aussi dire qu’il me fait confiance. Mais attention, je reste toujours libre de ce que je dis ! 😉

Résumé éditeur

Tout allait bien pour Tiril. Des amis formidables, un petit-ami respectueux et une vocation : devenir chanteuse. Jusqu’à cet accident de voiture avec sa mère, il y a deux ans.

Depuis, tout a changé.

Désormais atteinte d’aphasie partielle, elle n’arrive plus à parler comme elle le souhaite. Amis et petit copain se sont volatilisés, même Mikkel, son meilleur ami, s’est éloigné. Sa future carrière musicale s’est envolée. L’injustice, la colère et le ressentiment se sont installés en elle.

Mais l’espoir vient parfois de là où on ne l’attend pas… Et s’il venait d’Amena, cette élève à qui Tiril n’a jamais parlé ? Cette nouvelle amitié lui permettra t-elle de retrouver sa voie…et sa voix ?

Mon avis

On commence ce roman de quelques 340 pages avec A. A. c’est un personnage qui pourrait ressembler à la voix de Détroit. Un personnage qui n’en est pas un puisqu’il s’agit plutôt du point de vue de l’aphasie, cet handicap qui affecte Tiril depuis son accident de voiture. C’est aussi une petite voix que j’ai déjà eu dans ma tête : celle qui te dit à quel point tu es nulle, que tout ce que tu fais n’est pas bien, que tu n’arriveras jamais à rien dans la vie. Celle qui vous enfonce et que vous n’aimeriez plus entendre mais provient du plus profond de votre propre malaise dans la société, de votre propre instabilité. J’ai trouvé ça très intelligent de la part de l’auteur de faire parler l’aphasie puisque ce handicap empêche Tiril de parler, de s’exprimer, comme elle le voudrait. Intelligent et déstabilisant parce que A. utilise le tu. Je me suis sentie parfois agressée par cette voix et je pense que ça peut être aussi dérangeant pour des personnes anxieuses ou extrêmement sensibles. C’est une voix qui va évoluer au fur et à mesure du roman et que Tiril commence à accepter sa condition. On la verra disparaître puis refaire son apparition au grès de ses émotions, et elle se fait tantôt confidente, tantôt ennemie.

Après A. C’est au tour de Tiril de s’exprimer. Toute l’histoire tourne autour d’elle, de son appétence pour la musique, de ses difficultés à s’exprimer et des chansons qu’elle écrit. Tiril n’est pas un personnage auquel on a envie de s’attacher, elle n’est pas douce ou tendre. Elle serait plutôt « attachiante ». Son handicap lui donne le prétexte d’être égocentrique et de malmener ses ami.e.s pour éviter qu’on la prenne en pitié, qu’on lui envoie des regards de compassion. Cheveux noirs, habits noirs, idées noires pour repousser les autres et se repousser soi même aussi. Attachiante donc. Mais réaliste aussi. Parce qu’on est pas toujours gentil, doux et plein de bonnes attentions. Parfois on a envie de faire mal, de blesser, de taper sur les murs et les autres, se faire entendre et Tiril encore plus, elle qui peine à faire deux phrases, se trompe de mots. Elle qui a envie de crier des chansons métal, sans poésie et sans saveur juste pour se libérer des émotions qui la tourmentent.

J’ai lu beaucoup d’avis qui disaient qu’iels n’avaient pas réussi à s’attacher à elle et lui avaient préféré les personnages qui l’entourent. Mikkel, Armena, sa grand mère, ou sa professeure de littérature aussi. Je les ai trouvés intéressants parce que très divers : un ami auquel elle est profondément attachée, une réfugiée syrienne qui a, elle aussi, des difficultés à s’exprimer en norvégien qui n’est pas sa langue norvégienne, sa grand mère exilée afin d’échapper à un mariage et qui lui donne le courage d’assumer ses rêves… L’enseignante m’a semblé légèrement surréaliste. Sûrement parce que dans mon monde les enseignants sont plutôt du genre à ne rien voir et à tout laisser passer. Mais elle l’a fait rentrer dans le monde des chants traditionnels samis, des joiks qui représentent toutes les choses qui nous entourent. Il y a peu de la culture norvégienne dans le roman (un bémol ?) mais chaque chose est disséminée avec justesse et j’ai particulièrement aimé cette excursion auprès des chants traditionnels presque chamaniques, j’adore en écouter mais je n’en connaissais pas du tout la signification.

L’ensemble du roman montre l’évolution du personnage de Tiril sur un an à travers ses combats, ses rencontres, sa musique, ses poésies. On y parle de l’aphasie, un handicap dont je n’avais jamais entendu parler et je suis contente de l’avoir découvert dans un roman. C’est une première appréhension de ce handicap, il faudrait sans doute aller un peu plus loin et faire quelques recherches pour le comprendre totalement surtout que nous sommes face à une adolescente dont les problèmes se mêlent également à tout cela. D’ailleurs il est intéressant de souligner, ce que fait très bien Les Fracas du Silence, que oui, une ado handicapée a exactement les mêmes préoccupations, les mêmes douleurs, que toute autre adolescente au même âge et elle doit gérer en plus son handicap ce qui exacerbe tout le reste ! Tiril est un exemple de courage et de détermination malgré (ou à cause de) tous ses moments sombres et auto destructeurs.

A la fin l’auteur nous donne quelques pistes, ce qui lui a permis de travailler sur ce sujet, rencontres et livres. J’en attendais peut être un petit peu plus, mais il ne faut pas non plus noyer son lecteur sous les jargons et méthodes scientifiques. J’ai apprécié la fin, lumineuse, pétillante, en contrepoint des premiers mots de A. au début du roman, mais je n’ai pas trop aimé la façon dont elle était amenée. Je ne vous en dis pas plus pour ne pas vous spoiler 🙂

En résumé

Les Fracas du Silence est un roman touchant qui mêle à la fois le handicap de l’aphasie, très peu vu en littérature, une adolescente à fleur de peau avec des rêves de musiques et de chants, une culture norvégienne que l’on retrouve dans les joiks traditionnels samis qui viennent exprimer les cris du cœur mieux que les mots. De l’ombre à la lumière on y suit le personnage de Tiril, entre auto-destruction et détermination, égocentrisme et courage, dans un combat pour le droit de s’exprimer et d’être libre, enfin, dans un monde qui semble peu fait pour les silences.

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