Les chats des neiges ne sont plus blancs en hiver de Noémie Wiorek

Il m’a fallu un temps inimaginable pour me remettre d’Orageuse. Joanne Richoux avait réussi à me vider complètement, me siphonner le cœur et les tripes, m’éclater, m’enivrer d’émotions et de parfums. Alors il fallait que j’attende, que je patiente, que ma petite âme de lectrice soit de nouveau libre pour voguer sur d’autres univers. Une petite semaine de vacances, de baignades, de soleil et de chaleur crevante ont eu raison de mon flegme et me revoilà avec Les chats des neiges ne sont plus blancs en hiver de Noémie Wiorek, premier service de presse des éditions de L’Homme Sans Nom.

Résumé éditeur

Morz est la terre la plus au nord du monde. Des siècles plus tôt, la neige a cessé de tomber et la glace a fondu, devenue une boue informe et immonde.
Il y a une ombre dans l’est de Morz ; celle de Noir, un esprit maléfique prêt à tout pour provoquer la ruine du royaume. Sur ses talons court le Second, un guerrier prodigieux, plus cruel et féroce que tous les séides gravitant autour d’eux.
Il y a un enfant sur le trône de Morz ; on attend de lui la ferveur de ses ancêtres pour maintenir le royaume dans la Lumière. Mais le prince Jaroslav doute de sa place, de son pouvoir et ne souhaite qu’une seule chose : vivre en paix.
Et dans le nord, près des montagnes, ourdissent les sorcières, vengeresses, dévorées par le rêve incertain de refaire un jour tomber la neige sur le monde déchu.

Mon avis

Dès les deux premiers prologues (oui oui deux) j’étais complètement embarquée dans l’univers de Noémie Wiorek. Il y faisait froid, les ours étaient maîtres incontestés des neiges, leurs gueules pleine de sang de proie fraîches, le ciel était blanc, la neige immaculée, tout y était mort et vivant à la fois. La poésie et la cruauté qui se dégageaient de ses descriptions étaient belles et enivrantes, sensibles et puissantes. Je vous le décris exactement comme je l’ai ressenti. A l’instar de Rouge de Pascaline Nolot, les prologues sont vifs et un brin macabres, on y voit ainsi Daria, une jeune inconnue plongée dans la neige venue se repaître de la chair crue de créatures ailées, félidées, sentant le soleil.

« Lourdes, trop lourdes, les masses blanches s’écrasèrent dans un fracas de chair et d’os qui fit trembler jusqu’aux épines des sapins, tristes témoins muets de leur déchéance. Leur rugissement de douleur fit un instant flancher le vent, devenu muet. Un silence consterné, dégoûté, s’éleva alors, de la part des harfangs, des renards. Des choses venaient de pénétrer sur leur territoire.
Ce n’étaient pas des flocons.
Ce n’étaient pas des oiseaux. »

Puis on embarque pour un demi millénaire et treize années plus tard. La neige s’est changée en boue, le soleil frappe les terres, les chats des neiges sont chassés, repoussés, ou bien apprivoisés et changés par les villes. Ils ne sont plus blancs. Les N’dus, les sorcières, tous les peuples de l’hiver sont honnis, et préparent leur vengeance. De leur côté les hommes se tournent vers le soleil, bénissant la Lumière qui les a sauvé et tiré des engelures, du froid. Il n’y a ni bien, ni mal. Ni méchant, ni gentil. Juste des êtres qui se battent pour ce qu’ils croient être justes.

On suit plusieurs personnages, dont deux personnages principaux. Jaroslav, enfant-roi, manipulé par sa mère qui le méprise un peu autant qu’elle le protège, et par ses conseillers qui n’y voient qu’un fantoche porteur de Lumière. De l’autre Agnieszka guerrière redoutable, Second de Noir, « l’ennemi » tapi dans l’ombre. Deux camps, ténèbres et rayons de soleil. Chacun a sa raison de se battre, de se fondre dans des grands idéaux qui ne les concernent pas réellement. Il y a aussi Mirek et ses folies meurtrières, Tomislav et ses yeux trop ébahis par la « divinité » de son Seigneur, il y a Olle et ses troubles comportementaux, Tiraka sorcière malgré elle, Draka et Vladimir exilés de chez eux, Asriel et sa peau qui brûle… Ils sont nombreux, trop peut-être ? Pourtant je suis habituée des romans de fantasy et de leurs très nombreux personnages, mais là impossible de réellement m’attacher. Je me perdais entre Vladimir et Draka qui s’entremêlent dans les lignes. Je ne comprenais pas Jaroslav ni réellement Agnieszka.

La vérité c’est que je ne me suis attachée à aucun d’entre eux tant ils étaient flous, leurs idéaux manqués ou fabriqués de toutes pièce sans réel fond. Pourquoi vouloir le retour de l’hiver ? Aucun d’eux ne le sait réellement à part peut être Noir et les sorcières. Mais même Noir se devine à peine, on en esquisse les contours, sombre forme à la présence puissante mais dont chaque prise de parole frise la folie et dont Agnieszka même se défie. Quant aux sorcières, on les croise sans réellement entrer dans leur monde, à la manière des sorcières de A La Croisée des Mondes, dont les familiers sont davantage que des animaux et dont les prophéties régissent la course du monde. A cela s’ajoute un flou, général, peut être artistique, mais un brouillard tellement opaque que je n’ai pas réussi à le percer. A chaque fois que je semblais parvenir à une conclusion l’autrice prenait un malin plaisir à m’embrouiller de nouveau, me perdre en conjecture et hypothèse. Si tout s’éclaire sur la fin, je restais à la traîne, tournant les pages de plus en plus à reculons, n’arrivant pas réellement à replonger dans cette histoire qui me restait hermétique. A vrai dire j’ai failli pousser un soupir de soulagement à la dernière page tant ma lecture m’était devenue éprouvante et pourtant…

Pourtant je reconnais que le roman a des qualités indéniables. Une écriture vraiment forte et marquée, très personnelle. Un univers ancré, une poésie sensible. Un scénario qui échappe un peu aux codes du genre, réinventant la position du bien et du mal, s’éloignant du manichéisme habituel des romans de fantasy. Je pourrais mettre cette notion de « flou » sur mon manque d’entrain à vouloir rentrer dans un nouvel univers après Orageuse mais j’ai lu qu’il en était de même pour beaucoup de lect.eur.rice.s. Certain.e.s ont toutefois su faire fi de cela pour rentrer complètement dans l’histoire. Pas moi. Tant pis.

En résumé

Les chats ne sont plus blancs en hiver est un roman de fantasy s’éloignant avec plaisir du manichéisme habituel du genre. Si l’écriture de Noémie Wiorek m’a séduite dès le départ, avec un mélange saisissant de poésie et de macabre, plongeant son lecteur directement dans le froid de l’hiver, j’ai eu beaucoup plus de mal avec le « flou » dont elle tapisse son scénario et ses personnages. J’en suis ressortie déçue, non seulement parce que le prologue m’avait énormément plu mais aussi parce que j’ai l’impression d’être passée à côté d’un excellent premier roman sans trop savoir pourquoi.

Pour découvrir d’autres chroniques c’est par ici : Les Blablas de Tachan, Les mots étaient livres, Les histoires de Solène

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