Ceux qui traversent la mer reviennent toujours à pied de Marine Veith

Oh quel roman dépaysant et rafraîchissant. Bienvenue à bord du Meursault en compagnie de Bardu et Julien, surnommé Joujou. Un one shot à lire d’une traite, entre deux vagues, le bruit du vent en sourdine et quelques goélands dans les nuages. Je suis toujours aussi contente de faire partie des partenaires sarbacane pour cette collection si « hors des sentiers battus ».

Résumé éditeur

Bardu, c’est un peu le papi misanthrope qui commence à ressentir la solitude. Un jour, il prend Julien en stop. Julien a 18 ans et ne sait pas où aller. Bardu lui propose de l’accompagner sur le Meursault, un voilier avec lequel il transporte du cannabis.
Mais pendant une escale, une clandestine à la chevelure aussi explosive que son prénom, Exaucée, va contrarier tous leurs plans.
Exaucée est congolaise, elle n’a que sa vie, et elle compte bien vivre en France, avec ou sans leur aide..

Mon avis

Tout commence au bord de la route, Marseille, une pancarte écrite « AILLEURS », un gamin de dix-huit ans, SDF, orphelin, Julien, et Bardu, une Range Rover en pièces, un tee shirt « j’aime New York », 20 kilos de résine de cannabis sous le plancher. Déjà, ça s’annonce rock’n’roll. Sept ans plus tard, les deux échappés du destin, se retrouvent à Parlerme, Bardu a un orteil cassé, Julien une mauvaise intuition, Exaucée une raison de monter à bord du Meursault.

« …Je crois que c’est là que tout a commencé entre nous. Là que nous sommes devenus le plan B l’un de l’autre, celui que chacun espère dans la vie. La seconde chance. Parce que c’est ce qu’on s’est offert mutuellement : une roue de secours de l’existence. »

Faisant fi de toutes les règles régissant le monde des mafieux, Exaucée les renvoie sur la mer. Adieu les nigérians. Adieu la vie, bonjour les emmerdes en vérité. Parce qu’il ne fait pas bon de se mettre à dos des gens baraqués, des gueules de gardes du corps bardées de cicatrice et des bijoux clinquants autour du cou. Mais Exaucée s’en fout, elle. Ça met en rogne Julien. Ça impressionne Bardu. Au fond, tous les deux, croisant l’Aquarius, n’ont jamais levé le p’tit doigt. Ils ne font pas dans ce « business ». Alors quand cette nana du Congo, qui a vu sa mère se faire massacrée sous ses yeux ainsi que son village, qui a vu sa sœur mourir noyée, qui a déjà tant perdu et qui espère tout aussi fort, qui a un nom à soulever des montagnes les rejoint, ça ne peut qu’être apocalyptique. Et c’est délicieux, piquant. Ça parle de mer et de ce qu’elle dégage, ça parle de rencontres étranges avec un certain Edmond Dantès et un couple naturiste, ça parle de pêche et de cannabis, de bouteilles plastiques trouvées en pleine mer, de garde côtes, mais surtout de changements. De quelque chose qui grandit. Qui repousse les frontières.

« L’été on est toujours au bord de l’incendie »

Dès le départ, il y a eu quelque chose avec ce livre. Un truc qui m’a fait dire de suite « ah, lui, je vais l’aimer ». Un zeste dans l’écriture, à la limite entre le cynisme et la poésie, les chansons françaises rock et une touche de « boum boum » cocaïne. Un genre de film français sur fond de comédie et de revanche sur la vie. Et puis cette tendresse touchante, drôle, parfois mal placée, entre Bardu et Julien, ours mal léché versus gamin qui n’a pas fini de grandir. Cette météorite qu’est Exaucée, forte, indépendante, pétillante, rayon de soleil ou mars brûlante. Un roman qu’on ne voit pas passer, donc, entre action mafieuse et voyage en haute mer, couronnée d’une petite tempête désastreuse. Des personnages touchants par leur simplicité, par les mots qu’ils ne disent pas. Un héros qui a l’air de ne pas trop y toucher mais réussi à émouvoir. Et puis cette plume, très juste, très franche.

« Parce que parfois, elle avait des poussées d’espoir et moi, j’aimais le voir scintiller au fond de ses pupilles. »

Impossible de vous en dire plus sans vous en dire trop, mais sachez qu’il vaut le détour !

En résumé

Ceux qui traversent la mer reviennent toujours à pied est un roman court mais survitaminé où on aborde sans trop en avoir l’air des sujets aussi importants que l’immigration ou la pollution marine, mâtiné d’une comédie mafieuse, de blondes russes, et de tendresse. Un premier roman feel good réussi et (d)étonnant qu’on déguste comme un bonbon.

2 commentaires sur “Ceux qui traversent la mer reviennent toujours à pied de Marine Veith

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