La fille qui pouvait voler de Victoria Forester

La Fille qui pouvait voler est un service de presse des éditions Lumen. Bien que nous ne soyons pas partenaires, cette maison d’édition m’est très chère. C’est elle qui a publié la trilogie d’Erin Beaty La Couleur du Mensonge, de Victoria E. Schwab, Shades of Magic ou encore Le Faiseur de rêve de Laini Taylor, BREF, des trilogies ou duologies qui ont été des coups de cœur ❤ Notamment Le Faiseur de rêve qui figure désormais parmi mes meilleurs sagas fantasy !

Résumé éditeur

Piper McNimbus sait voler. Comme ça, le plus naturellement du monde, les doigts dans le nez. Tonneaux, vrilles et loopings, elle sait tout faire. Terrifiés de voir la nouvelle se répandre, ses parents dissimulent ses talents aux yeux du monde…jusqu’au moment où elle se trahit devant la ville entière. Du jour au lendemain, elle se retrouve dans une école top-secrète de haute sécurité, réservée aux enfants dotés de capacités hors du commun.

Là, elle fait la rencontre de camarades aux pouvoirs incroyables : Conrad, un génie en puissance qui sait tout sur tout, Smitty, qui voit à travers n’importe quelle matière, Violette, capable de rapetisser à volonté… Mais même parmi ces gamins extraordinaires, Piper sort du lot… Et elle ne va pas tarder à devoir en payer le prix.

Mon avis

Piper n’est pas une enfant comme les autres. Déjà petite, elle lévitait au dessus de sa table à langer, atteignait le plafond de manière inexplicable, se cramponnait aux lustres, rien d’autre qui ne pouvait être expliqué que par sa « fougue », ou son « entrain ». Pourtant les McNimbus n’étaient pas non plus nés de la dernière pluie. Leur petite fille, née alors que Bitty n’avait plus du tout l’âge d’être mère et alors qu’ils n’avaient jamais pu en avoir, ne semblait pas rentrer dans les cases. Après les cours à la maison et les restrictions sociales au stricte minimum (le curé et le docteur), on ne pouvait pas dire que Piper avait eu une enfance normale. Mais voler ne fait pas partie de la norme de toute façon. Le début du roman se centre sur ce personnage haut en couleur qui n’a pas sa langue dans sa poche et pose diverses questions auxquelles même les adultes ne s’attendent pas. Sa réflexion est non seulement poussée par la curiosité mais aussi par la compassion, la générosité et l’absolue conviction que tout ce qu’on pense être juste ne l’est pas forcément. Sa relation avec son père est très touchante. Fermier, légèrement écrasé par sa femme, il n’a jamais réfléchi à ce genre de choses et ils apprennent en contact l’un avec l’autre.

On peut dire que cette première partie est lente, mais pour moi elle m’a permis de vraiment saisir le personnage de Piper, la joie qu’elle a de se retrouver dans le ciel, ce fourmillement qui lui parcourt le ventre à cette pensée, sa ténacité pour apprendre looping et atterrissage toute seule, et sa détermination à ne pas se laisser écrasée même quand le destin semble être contre elle. C’est ce qui lui donne toute sa richesse et sa profondeur, et qui la rend aussi attachante. Bientôt retrouvée par cette fameuse école top secrète où elle pense qu’elle trouvera enfin sa place, Piper n’est pourtant pas au bout de ses peines. Les enfants, habitués à se montrer hostiles envers les nouveaux arrivants ne lui épargneront rien : ricanements, mauvaises blagues, jusqu’au comportement irascible de Conrad. Tous ont des pouvoirs, et tous sont réunis pour apprendre à atteindre un « niveau de perfectionnement » dans ce monde souterrain dans lesquels ils sont reclus, loin des « dangers » du monde extérieur. Pourtant, même dans cet endroit clos à l’abri de tous regards, le Dr Inferna lui interdit de voler.

Vous vous doutez bien, au vu du résumé qu’il y a baleine sous gravillon, anguille sous roche, bref que tout n’est définitivement pas clair. Cette prise de conscience devient quasiment brutale, et d’aucun dirait qu’elle est un peu tirée par les cheveux. Peut être. Mais moi elle m’a convaincue. Convaincue parce qu’on sent d’emblée que l’autrice a un message à faire passer et que, quoiqu’il en coûte, elle le délivrera. Et puis bon, des enfants âgés de 6 à 11 ans, capables de diriger des ouragans, de générer de l’électricité, de surpasser les génies scientifiques de notre temps, de rapetisser à volonté, ou encore de créer des arcs en ciel, c’est pas non plus ce qu’il y a de plus rationnel ou de plus normal.

Et bien parlons en de la normalité, parce qu’il s’agit bien d’un enjeu crucial de ce roman, allant même jusqu’à inventer une machine dont le sigle se dit M.O.U.L.E. Comme pour rentrer dans un moule. Se conformer à la norme. Effacer sa personnalité, rasé tout ce qui fait d’un être humain son originalité, sa spontanéité, sa candeur, tout ce qui fait son âme, de ses envies à ses idées. Voilà ce que fait aujourd’hui notre société. Voilà ce qu’elle a fait depuis longtemps et qu’elle continue à perpétrer quoiqu’il en coûte, en inventant au fur et à mesure : des moules dans lesquels il faut rentrer, quand bien même ils seraient trop grands ou trop petits pour nous, auxquels on nous force à appartenir. Et bien ça, l’autrice n’en veut pas, Piper n’en veut pas, et tous ses amis non plus s’ils en avaient un peu conscience.

Pour cela et pour tout ce qu’il dénonce sous ses airs de « roman jeunesse », ou plutôt avec ses airs de roman jeunesse, La fille qui pouvait voler est un petit bijou qu’il faudrait impérativement mettre entre toutes les mains. Entre celles qui pensent qu’appartenir à une norme est absolument génial, et celles qui pensent qu’être différent est tout à fait nul. Ce ne sont pas les seuls sujets aborder, bien sûr, mais s’en est un pan singulier et profond qui imprègne l’ensemble du récit et qui m’a donné bien envie de me révolter. Et de voler un peu moi aussi.

Pour moi c’est véritablement un excellent roman jeunesse qui mêle une écriture fluide, des personnages attachants auxquels on peut s’identifier, un message fort et actuel qui reste bien maîtrisé et sur lequel on est invité à méditer à plusieurs reprises à la faveur des pensées de Piper, et une bonne dose d’imaginaire pour rendre le tout palpitant et extraordinaire.

En résumé

La Fille qui pouvait voler est un petit coup de cœur aux messages forts et bien menés. L’autrice nous invite au cœur d’un récit initiatique palpitant où il est autant question de dons extraordinaires que de réflexions sur notre monde, sur notre liberté d’être, de penser, et sur notre droit à la différence. C’est touchant, parfois lent, tantôt tiré par les cheveux, mais toujours sincère.

7 commentaires sur “La fille qui pouvait voler de Victoria Forester

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  1. Ce livre me faisait envie mais ta chronique m’a convaincu de l’ajouter à ma wishlist ! J’ai toujours un peu peur de me lancer dans un jeu esse, mais celui-ci à l’air vraiment bien fait !

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    1. Merci c’est gentil ! C’est vrai que pour ma part j’ai vraiment adoré la façon dont l’autrice abordé des thématiques qui sont souvent difficiles à appréhender même pour des adultes ! Pour autant les critiques sur ce roman ne sont pas toutes positives, beaucoup l’ont trouvé lent avec des scènes trop tirées par les cheveux. Mais pour moi ça sert le récit et le message. C’est pour ça que je parle aussi de « petit coup de cœur » il a quelques défauts mais le message est tellement beau !

      Aimé par 1 personne

  2. Il est dans ma pal et je le lirai prochainement! Le côté réflexion etc dont tu parles me tente bien; le côté « lent » ne me fait pas peur! J’espère juste que ce n’est pas trop tiré par les cheveux pour moi XD

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