La Brigade des Chasseurs d’Ombres de Chrysostome Gourio

Même quand je ne reçois pas de services de presse de Sarbacane (pour cause de confinement T.T), je lis du Exprim’. Et oui. On ne se refait pas ! Et cette collection ❤ Dans cette maison d’édition ❤ Bref bref bref. En vérité j’ai gagné La Brigade des Chasseurs d’Ombres dans les commentaires d’un post facebook du directeur de la collection, Thibault Bérard. J’ai mis du temps avant de pouvoir le lire, mais me voici !

Résumé éditeur

Dans le parc de la Mauricie, au Québec, Hugues et Lazare, deux gardes forestiers, sont attaqués par des bêtes qui pourraient passer pour un ours et un loup…si elles ne se tenaient sur leurs pattes arrière.

Menan l’enquête, ils se tournent vers le vieux Jack, descendant du peuple indien Metiikamek. Par son entremise, ils vont découvrir que la Terre est le théâtre d’un immense combat secret entre les hommes et les monstres.

Mon avis

Les hommes contre les monstres. Le plus vieux combat du monde ! On les voit partout dans la pop culture, avant dans les romans gothiques et fantastiques et plus anciennement encore dans la mythologie et les légendes. Il est un monstre qui est né dans les légendes amérindiennes : le wendigowak. Cette créature anthropophage est précisément issue des croyances des amérindiens algonquins du Canada. On ne peut donc pas dire que ce soit une coïncidence si le récit de Chrysostome Gourio prend ses sources au Québec. Maintenant prenez des légendes amérindiennes, mélangez-les aux mythes lovecraftiens (Cthulhu, les Grands Anciens, toussa toussa), rajoutez beaucoup d’hémoglobine, une transformation légèrement lycanthropienne, et des indiens qui fument de l’herbe en se barbouillant le corps, et vous obtenez : La Brigade des Chasseurs d’ombres. Dis comme ça, ça a l’air bien foutraque et bourrin mais promis c’est surtout addictif et jouissif ❤

On commence l’histoire en 1825, alors qu’une famille s’est réfugiée près du Lac Sacacomie afin d’y vivre en paix. Le décor est posé, crépusculaire. De l’ombre sortent des silhouettes massives, velues, des bras interminables aux griffes acérées frôlant le sol. Un festin se prépare. Un festin et un enlèvement. L’homme et la femme ne reverront jamais la lueur du jour tandis que leur fille s’offrira un destin plus vaste…et plus inhumain.

Après cette excursion brève mais efficace dans l’horreur, comme le prélude d’un massacre plus grand encore, nous retournons dans le parc de la Mauricie. Lumière crue, neige gelée sous les pieds, et deux hommes à la recherche de militaires disparus. Hugues et Lazare. Les deux facettes d’un duo complice. C’est là bas qu’ils se feront attaqués eux aussi, reflet quasi identique deux siècles après de ce que subirent les trappeurs près du Lac. Sauf qu’eux vont s’en sortir… et devoir regarder le monde avec des yeux nouveaux, des yeux ayant vu l’horreur de près et ayant survécu.

« Je crois que la réalité ne se divise pas entre, d’un côté ce qui est visible et existe, et de l’autre ce qui ne l’est pas et donc n’existerait pas. Peut-être, Laz, qu’il y a des créatures, encore inconnues des hommes, qui parcourent ces bois. »

A partir de là, il va falloir s’accrocher. Parler au vieux Jack. Découvrir le destin des Veilleurs ayant réussi à emprisonner celui qui marche sur le vent, Yit’hakw’a, grâce à la main noire des Très Anciens. Découvrir qu’il est de retour grâce aux rituels des Wendigowak. Découvrir que le grand père de Hugues était un Veilleur lui aussi. Découvrir que Lazare a été mordu, que Hugues sera le nouveau récipiendaire d’une magie ancestrale et noire. Et rencontrer des tas de créatures, à commencer par Ezékielle, la seule de son espèce, la seule à avoir réussi à dompter la bête du wendigowak pour la faire sienne. Rencontrer le Professeur Feltrovac, Lonis, Manu Jéméa et Abraham. Tant de personnages. Mais dont l’auteur en dit juste assez pour les rendre tangibles, intéressants.

Mettant peut-être de côté ses personnages principaux, au risque de les rendre moins attachants, Chrysostome Gourio imprègne son histoire de légendes, de récits oubliés, de langues imprononçables, de runes. Au delà de ses personnages c’est une épopée se jouant siècle après siècle qui nous est contée. Vous la trouverez sans doute manichéenne. Les méchants, hideux, monstrueux, le corps grouillant de créatures d’un côté et les héros, fonceurs, armés jusqu’aux dents, intelligents (quoique…Zenieb fasse exception) et souvent couturés de cicatrices de « guerre ». Oui elle l’est. Le mal d’un côté, le bien de l’autre. Mais un « bien » sanglant, dur, un bien qui demande des grands combats et des sacrifices encore plus grands. L’affrontement éternel du Bien et du Mal, qui demande de côtoyer un peu les ténèbres pour s’en sortir.

On retrouve avec délice quelques allusions à Lovecraft, la créature au « tentacule » qui aurait attaqué le professeur dans les profondeurs n’aurait-elle pas des airs de cthulhu ? ou encore le nom de Yuggoth ne vous serait-il pas familier pour les plus grands fans d’entre vous ? Si pas une seule fois son nom n’est prononcé, l’ombre de lovecraft plane au dessus de nos têtes et on se surprend à chercher les indices disséminés dans le roman. On ne peut donc pas s’empêcher de penser à Héros la duologie de Benoît Minville et Le Gouffre de Rolland Auda chez le même éditeur, mais aussi à Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu de Karim Berrouka, et à tous ces auteurs qui ont su réinventer les mythes lovecraftiens. Et bien sûr Supernatural et plus récemment October Faction sur Netflix.

Toutefois, petit avertissement pour les âmes sensibles : c’est sanglant. Vraiment. Avec des créatures vraiment dégueulasses, y a de la tripaille, des petits asticots qui se trimballent sous la peau et si vous voulez un petit aperçu de ce que vous trouverez entre ces pages, vous n’avez qu’à taper « wendigowak » sur google pour tomber sur toutes sortes d’images. Alors la lecture tard le soir, entouré d’une forêt sombre… ce sera à vos risques et périls !

En bref j’ai adoré, même si j’aurais encore plus aimé avec un peu plus d’émotions. Mais quand le crédo c’est vivre ou mourir…les sentiments n’ont pas toujours leur place 😉

En résumé

L’auteur tisse avec brio une toile de fonds mêlant l’horreur et le fantastique, entre légendes amérindiennes et mythes lovecraftiens. Bourré d’actions et d’hémoglobine, on oscille d’un point de vue à l’autre en retenant son souffle plongeant d’un coup dans le passé, dans la folie crépusculaire de Lune Morte ou dans les pensées de Lazare, en pleine recherche d’identité. C’est haletant, souvent horrible, mais incroyablement jouissif. Âmes sensibles s’abstenir !

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