La dernière énigme de Léonard De Vinci de Christine Féret-Fleury

Un premier service de presse des éditions Auzou et le début, je l’espère, d’une formidable aventure. De Christine Féret-Fleury j’avais déjà lu trois romans exceptionnels : Les Maux Bleus aux éditions Gulf Stream (un roman puissant sur l’homophobie, la famille et l’amour), Mother Road dans la collection ReLynks (un road trip fascinant et féministe) et enfin Memory aux éditions Lynks (une merveille sur les mots et leur impact sur ce que nous sommes). Sur les trois romans, deux étaient des coups de cœur !

Résumé éditeur

Milan, Renaissance. Cecilia Gallerani, maîtresse du duc de Milan, est menacée de mort par l’épouse de ce dernier, qui réclame le portrait de la jeune femme exécuté par Léonard de Vinci – La Dame à l’Hermine – pour le détruire.

De nos jours. Léonard, un adolescent, reçoit un mail lui intimant de rechercher ce tableau. Or ce message provient de son grand-père, grand expert en art…et enterré le jour même. Léonard décide de partir pour Cracovie, où le tableau est exposé. Commence alors une enquête passionnante mais périlleuse…

Entre le faste de la Renaissance et l’Europe d’aujourd’hui, une plongée fascinante dans les coulisses d’un célèbre tableau.

Mon avis

En ce moment j’ai comme l’impression que les chasses aux trésors…bah c’est plutôt mon truc. Il n’y a qu’à voir ma dernière chronique sur Steam Sailors on y parlait déjà secret, mystère et énigme ! Ce roman-ci est beaucoup plus contemporain, et emprunte davantage au monde de l’art qu’à celui de la piraterie.

Léonard Alghiberti est un jeune adolescent, fils de Pierre Alghiberti grand marchand d’art et petit-fils de Léonard Alghiberti, un « œil », c’est-à-dire un expert en art tellement expert qu’il pouvait, en jetant un coup d’œil aux détails d’un tableau, déterminer si oui ou non il était peint par un De Vinci, un Véronèse, ou un Matisse. Léonard II, lui, n’était ni l’un ni l’autre. Il était jeune, un peu perdu comme le sont tous les adolescents, un peu désabusé, mais plus ou moins joyeux grâce aux énigmes que lui fournissaient son grand père. Parce que Léonard I était tout pour lui. C’était son père de substitution. Son farceur. Celui qui le guidait, enchantait les toiles d’histoires et d’anecdotes. Mais Léonard Alghiberti premier du nom est mort. Et enterré le jour où commence cette histoire.

« J’avais l’impression de devoir montrer mon chagrin, que les autres attendaient ça, des preuves. Des signes évidents. Manger la moitié d’un yaourt et le jeter. Pleurer. Ne pas dormir de la nuit. Recommencer le lendemain. Et le surlendemain. Pas trop longtemps, pour ne pas gêner, c’est si fragile, la compassion. Ça ne dure pas. On est « censé faire son deuil », « aller de l’avant », « tourner la page » – toutes ces conneries. Là encore, j’étais à côté de la plaque. »

Donc avant de vous parler de toute cette histoire d’énigme, de voyage en Cracovie et du point de vue de Cécilia, je vais m’attarder sur Léonard. Sur son deuil. Parce que ce roman est un apprentissage difficile, celui de la fin abrupte. De la mort. Du chagrin. Une étape qu’il est d’autant plus difficile à supporter lorsque les repères s’en sont allés, lorsque l’adolescence prend le pas sur l’enfance et que l’on se cherche chez les uns et chez ceux qui composent notre famille. Or, Léonard ne se cherchait pas chez son père mais chez son grand-père. La même posture un peu voûtée. Le même don, peut-être, pour raconter les histoires des tableaux. Découvrir leurs mystères. Alors, tout comme dans Mother Road, ou Memory il est aussi ici question de transmission, de générations qui s’affrontent ou se réconcilient, qui se font tempêtes ou berceuses. C’est quelque chose qui me plaît beaucoup dans ce roman parce que c’est toujours là, présent en toile de fond, sans jamais que cela ne verse dans le pathos. C’est beau et sous-tendu. Et c’est très bien ainsi.

Mais bien sûr ce roman n’aurait pas ce côté palpitant, addictif, page turner, s’il n’y avait pas l’énigme. Et avec elle les points de vue de Léonard De Vinci et Cécilia Gallerani. Parce que Léonard I doit trouver La Dame à L’Hermine ce qui l’emmène dans ce musée, à Cracovie, en Pologne. Là bas, devant le portrait de Cécilia Gallerani, il croit tomber amoureux de cette femme d’un autre temps qui pose un regard entre sérénité et tristesse sur un monde qu’il ne voit pas. Il croit devenir fou. Voir le fantôme de son grand père. La trace de ce pied n’est-elle pas caractéristique des chaussures de son grand père ? Et cette énigme qui n’en finit pas ne lui rappelle t-elle pas les jeux auxquels ils s’adonnaient ensemble ? Autour de cette mission s’épaissit un mystère de plus en plus grand qui amènera en son centre une certaine Professeure Morrisson capable de déchiffrer les mystères des tableaux à l’aide d’un matériel de pointe, Janka, une adolescente faussaire honnête, et Marcello, le conservateur italien du musée polonais où est exposé le fameux tableau. Une joyeuse bande qu’il ne sera pas aisé de faire tenir toute ensemble entre ego meurtri et suspicion.

Au delà de notre époque contemporaine j’ai adoré les plongées milanaises à la Renaissance entre les points de vue de Cécilia et Léonard De Vinci (oui il y a décidément beaucoup de Léonard dans ce roman). Globalement l’histoire de l’art et plus précisément ses « dessous » m’a toujours passionnée. J’avais notamment adoré le roman Da Vinci Code de Dan Brown ou encore la mini-série D’art d’art ! Parce que, qu’y a t-il de plus passionnant que de s’immerger dans l’histoire des tableaux qui jalonnent nos musées et notre histoire ? Christine Féret-Fleury réussit l’exploit de nous faire entrer dans la tête de Léonard De Vinci et cela n’a pas de prix ! Elle place également judicieusement de petites pensées contemporaines dans les idées de Cécilia sans jamais trahir son personnage et c’est là toute la force de ce roman.

« Elle n’en pouvait plus de rester immobile. De se laisser regarder, parer, peindre. Non, elle ne voulait pas devenir rocher. Ni statue, ni portrait. Elle voulait brûler, elle aussi. »

Viens bien évidemment la fin. C’est une fin surprenante, un peu déstabilisante, à laquelle on ne s’attend pas. Et puis c’est la fin de l’énigme pour laquelle on s’est pris au jeu pendant plus de 300 pages. Alors forcément ça choque. Ça la rend un peu bancale, on reste sceptique. On est encore en train de chercher le vrai du faux. Je ne dirais donc pas que je l’ai aimée cette fin. J’aurais préféré un genre de happy end romancé où on aurait eu le fin mot de l’histoire. Mais c’est une fin qui sonne plus juste aussi, plus fine, plus psychologique. Et qui signe la fin d’un deuil, et peut-être le début d’autre chose. Allez savoir.

En résumé

La dernière énigme de Léonard de Vinci est un roman parfait pour celles et ceux qui se passionnent pour l’art, son histoire, et toutes les énigmes, les anecdotes qui se cachent derrière les couches de peinture. C’est aussi un roman initiatique, qui à travers une plume fluide et pleine de nuances, s’attache à l’évolution d’un deuil et aux relations transgénérationelles.

Un commentaire sur “La dernière énigme de Léonard De Vinci de Christine Féret-Fleury

Ajouter un commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :