Je suis fille de rage de Jean-Laurent Del Socorro #PLIB2020

Je suis fille de rage de Jean-Laurent Del Socorro est un service de presse des éditions actuSF. Et quel service de presse ! Un ouvrage relié, en hard back, un signet pour marquer les pages, une couverture aux reliefs dorés…tout y est beau, finement pensé et travaillé, et même le dos qui rend magnifiquement bien dans la bibliothèque. Parfois je me dis que mes maisons d’édition partenaires sont des génies. Et éditer ce roman était à coup sûr, un coup de maître !

Mon résumé

Dans son bureau, des lignes de craie blanche commencent à s’épanouir sur les tableaux, les murs, les meubles. Elles sont tracées par la Mort. Bientôt, son sanctuaire sera immaculé. Abraham Lincoln a lancé une guerre et elle s’épanouit désormais sous ses yeux, une ligne, un mort. Leur dialogue est hors du temps.

1861 à 1865. Une guerre fait rage. Celle que tous connaissent sous le nom de « sécession ». Les confédérés d’un côté, l’Union de l’autre. L’esclavage, l’abolitionnisme. Le Sud, le Nord. Partout, des hommes, des femmes, des noirs, des blancs, et surtout le sang rouge qui éclabousse le sol, les visages, les convictions.

Il y a Le Général qui ne compte pas ses morts, Ulysse Grant, L’Affranchie qui n’est pas libérée, Kate Loomis, L’Officier qui lutte contre la folie, William Tecumseh Sherman et tant d’autres, Bleu de MinuitLe Sorcier qui invoque le DragonLa Fille qui n’a plus de père, etc, etc. Tous ont participé à la guerre d’un côté ou de l’autre, la guerre morale, la guerre physique, la guerre fratricide. C’est ce que conte Fille de Rage.

Mon avis

Je suis fille de rage ne peut pas se résumer avec le terme « roman ». C’est ce que je conclue de ma lecture. De ce qu’elle a provoqué. Des recherches que je faisais à chaque nouveau nom, chaque nouvelle bataille. De la documentation accumulée entre ses pages, des simples traductions de Unes de journaux américains, à celles des lettres échangées ; des événements qui se sont poursuivis de chapitre en chapitre, partie après partie. Je ne connaissais pas Jean-Laurent Del Socorro autrement que par sa bienveillance et sa gentillesse sur les salons, je connais désormais sa plume et croyez-moi j’en ressors avec l’envie irrépressible de m’y plonger encore, d’avoir de nouveau cette sensation de rupture historique, de faire partie d’une Histoire qui ne m’appartient pas, de la regarder défiler comme je regarderai un film avec force, rage et larme.

Mais tout cela ne vous dit rien du roman lui-même, de la manière dont il est écrit, de la façon dont toutes ces choses sont narrées, cela vous donne juste un ressenti, qui peut-être ne sera pas le même pour vous (et vous qui l’avez lu qu’en est-il ?) mais qui fut assez puissant pour que je me sente le devoir de vous en parler.

« Aujourd’hui nous avons tout perdu ; des vies, l’espoir de nous réconcilier et du temps qui ne se rattrapera plus désormais que dans le sang. Et notre humanité, enfin, si l’on peut encore en avoir quand on commande à des êtres vivants d’en tuer d’autres ».

Je suis Fille de rage est choral, multiple, pluriel. Il montre des visages de la guerre, noir, blanc, confédéré ou de l’union peu importe, tout passe dans ses pages. Tant de destins liés par la guerre. De la fille qui part mener son combat pour le Nord contre son père et son frère. De l’officier Sherman qui devra lutter aussi bien contre les journalistes que sa propre angoisse. D’Abraham Lincoln qui fait face à la Mort pour lui envoyer ses soldats. Du Sorcier qui se construit sa légende. Les points de vue se multiplient, s’alternent de manière complètement aléatoire. Un personnage que nous n’avions pas vu depuis longtemps réapparaît, comme surgi de nulle part, tandis que d’autres reviennent plus souvent. Tous sont acteurs de la guerre à leur façon.

Tous sont clairement identifiés, ils ont un nom, un drapeau pour savoir à quel parti ils s’identifient, parfois même une Amérique miniature pour nous indiquer le lieu des combats. Tout est fait pour que le lecteur ne soit pas perdu mais puisse profiter pleinement du récit et rien que cela mérite bien quelques applaudissements pour toutes les fois où je me suis perdue dans un roman de fantasy à force d’osciller entre les différents personnages. Je suis fille de rage est un labyrinthe de pensée dont les éditeurs nous ont donné les clés et c’est formidable.

Mais ce qui est le plus important c’est que tous ces personnages aient une âme. Une énergie. Un quelque chose qui les rend vivant, vibrant. Il n’y a pas de bon, de mauvais, juste des êtres qui se démènent pour leur combat. Et je ne sais pas pourquoi, mais ça, dans ce livre-ci, avec cette écriture-là, ça m’a profondément touchée. Qu’il y ait, au delà de tous ces morts, toutes ces vies arrachées, tout ce sang versé, collant, poisseux, tous ces combats menés, des humains. Rien que des humains.

« Le président d’un empire gît à mes pieds. Il relève péniblement les yeux pour me poser la question une dernière fois :
– Pourquoi ?
– Parce que tu avais oublié qu’il n’y a pas que les soldats qui meurent à la guerre, Abraham.
Ma craie crisse au son des premiers sanglots de l’Amérique ».

Mais cette oeuvre magistrale ne serait sans doute pas grand chose sans cette écriture qui rend l’ensemble si beau, si grand. Parce que comprenez bien qu’il s’agit autant d’une fresque historique que d’un roman, que si tous les documents y sont retranscrits avec minutie, les personnages que l’auteur a créé de toutes pièces sont autant crédibles que les autres ayant fait partie de l’Histoire. Et c’est ce qui rend Je suis fille de rage aussi impressionnant : sa maîtrise. Rien n’est laissé au hasard. Pas même la Mort, seul élément identifié comme surnaturel et qui apporte ce côté dramatique, cynique à l’ouvrage. Parce que la Mort ne décide de rien, elle récolte. Ce sont les hommes qui tuent. Qui mentent. Qui sont lâches ou trop courageux. C’est de leurs décisions que découlent toutes les stratégies militaires, toutes les vies prises.

L’écriture disais-je. (C’est le problème des coups de cœur, ils vous font divaguer tant il y a de choses à dire ; oui parce que c’en est un). Si ça avait été écrit par quelqu’un d’autre, peut-être que ce roman n’aurait pas eu cette saveur là. Peut-être aurait-il été fade, ou insipide, tellement plein de références que novices et experts s’y seraient perdus. Peut-être aurait-il été trop grandiloquent, trop fantastique et aurait manqué alors tout ce qui en fait sa richesse actuelle. Mais il a été écrit par Jean-Laurent Del Socorro. Alors Je suis Fille de rage est grand, beau et poétique. Il a de ses phrases sorties de nulle part qui te sont assénées en plein dans les entrailles. Qui te touchent au coeur. Il y en a même que j’ai dû relire deux ou trois fois. D’autres que je n’ai pas révélées ici, que je garde comme des trésors. Mais rien que celle-ci, ce petit bout « Ma craie crisse au son des premiers sanglots de l’Amérique » a ce quelque chose de définitif et de lyrique à la fois qui me ravit. Alors oui, même si le roman fait bien ses 535 pages, quand elles sont écrites ainsi, on ne les voit pas défiler. C’est sans doute pour cela que mon après midi au soleil est passée aussi vite. 5 heures. 1861 – 1865. 535 pages. Il y a comme qui dirait un alignement des astres.

En résumé

Je suis fille de rage est une oeuvre magistrale. Au sein de cet ouvrage se niche une guerre impitoyable, fratricide, où chaque personnage va tour à tour l’incarner à travers des lettres, des mots, des points de vue. C’est grand, beau et historique, et c’est servi par une plume extraordinaire. En bref, c’est un coup de coeur et une révélation. Lisez Jean-Laurent Del Socorro.

PLIB : #PLIB2020 #ISBN9782366294774

7 commentaires sur “Je suis fille de rage de Jean-Laurent Del Socorro #PLIB2020

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  1. Que de belles découvertes aujourd’hui sur ton blog ! 😍 j’avais vu passer Je suis fille de rage au début du mois de janvier mais, même si le titre m’avait intrigué, je ne m’étais pas arrêtée dessus. Ta chronique m’a donné très envie de le découvrir ! Si j’ai bien compris, c’est à la fois un roman « historique » et fantastique ?

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    1. Merci c’est trop gentil ❤
      Il est pré sélectionné pour le plib 2020 si tu veux découvrir d'autres chroniques à son sujet 🙂 Je suis fille de rage est davantage un roman historique pour beaucoup de personnes, dans le sens où l'élément fantastique (la présence de La mort qui parle à Lincoln) ne représente peut-être que 10% du roman. Pourtant, il est écrit comme un roman de l'imaginaire : changements de point de vue fréquent, une narration très vivante… Moi ça a été un véritable coup de coeur mais je pense qu'il faut avoir une certaine appétence historique. Personnellement j'aime beaucoup les récits historiques qui te livrent des anecdotes vraies ou fausses sur le passé, mais je n'y connais pas grand chose. Et ça l'a très très bien fait 😀

      Aimé par 1 personne

      1. Je pense que je vais aller en lire d’autres en effet ! N’ayant jamais lu de roman historiques, je ne sais pas trop ce que ça pourrait donner. La plume de l’auteur joue beaucoup je pense et, de ce que tu en dis, elle a l’air d’être assez fluide et captivante 🙂

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