L’espace d’un an de Becky Chambers

Cela fait un petit moment déjà que L’espace d’un an traîne dans ma bibliothèque, depuis mon stage aux éditions L’Atalante plus exactement où ma formidable tutrice m’a laissée repartir avec une étagère de romans estampillés L’Atalante ❤ Mais je n’arrivais pas à me lancer. Les romans des éditions L’Atalante sont en général assez complexes, et je savais qu’il me faudrait un peu de temps pour réussir à plonger dedans. Enfin…c’est ce que je croyais. Parce que L’espace d’un an c’est un petit bijou. 

Résumé éditeur

Rosemary, jeune humaine inexpérimentée, fuit sa famille de richissimes escrocs. Elle est engagée comme greffière à bord du Voyageur, un vaisseau qui creuse des tunnels dans l’espace, où elle apprend à vivre et à travailler avec des représentants de différentes espèces de la galaxie : des reptiles, des amphibiens et, plus étranges encore, d’autres humains. La pilote, couverte d’écailles et de plumes multicolores, a choisi de se couper de ses semblables ; le médecin et cuistot occupe ses six mains à réconforter les gens pour oublier la tragédie qui a condamné son espèce à mort ; le capitaine humain, pacifiste, aime une alien dont le vaisseau approvisionne les militaires en zone de combat ; l’IA du bord hésite à se transférer dans un corps de chair et de sang…
Les tribulations du Voyageur, parti pour un trajet d’un an jusqu’à une planète lointaine, composent la tapisserie chaleureuse d’une famille unie par des liens plus fondamentaux que le sang ou les lois : l’amour sous toutes ses formes.

Mon avis

Ce roman est une petite pépite. Pourquoi ? Parce qu’il n’est pas du tout ce que j’attendais, qu’il est à la fois beaucoup plus et beaucoup moins, qu’il est beau, grand et fort, et que j’y suis restée cramponnée, ceinture bouclée, les yeux dans le cosmos et le cœur dans les étoiles. Je crois que pour commencer je devrais reprendre l’expression favorite de la tech Kizzy : Etoiles.

Etoiles que ce roman m’a remuée. Et je ne sais pas trop bien pourquoi. Peut-être parce que c’est un space opera tout en douceur, bien loin de la hard-SF (véritable hantise), des grandes envolées chevaleresques, des intrigues à tiroir et des multiples rebondissements à grands renforts de sabre laser et autres découvertes étranges. Sans pour autant qu’on ne s’y ennuie une seule seconde. Et c’est ça qui est absolument génial. Je n’aurais jamais pu croire que lire une tranche d’un équipage sur un vaisseau puisse être aussi prenant, touchant et grandiose.

– […] Ce n’est pas la même chose. Ce qui t’est arrivé, ce qui est arrivé à ton espèce, c’est…ce n’est pas comparable.
– Pourquoi ? Parce que c’est pire ?
– Oui.
– C’est comparable. Si tu as un os fracturé, et que, moi, je me suis cassé tous les os, ça va guérir ta fracture ? Ça va diminuer ta douleur, de savoir que je souffre davantage ?
– Non, mais ce n’est…
– Si c’est pareil. Les sentiments, c’est relatif. Et, au fond, ils sont tous pareils, même s’ils naissent d’expériences différentes et se déploient sur des échelles différentes […]
Sissix comprendrait. Vous les Humains, vous vous pourrissez la vie à vous croire uniques. »

Grandiose en grande partie grâce aux personnages. Becky Chambers a tracé une fresque humaine à base d’extraterrestres, de rares humains et d’intelligence artificielle. Pour de vrai, pour de vrai. Il y a d’abord Rosemary, humaine, qui semble être l’héroïne de cette intrigue mais qui n’est là que pour nous tisser un fil conducteur, de découverte (quelle drôle d’espèce que celle des sianates) en explication technique (comment est-ce qu’on perce un trou dans l’espace ?). Elle est touchante à sa façon, dans sa timidité, ses secrets, son courage. Flamboyante quand elle engueule le capitaine, attendrissante quand elle parle avec Sissix. Il y a ensuite Ashby, notre bon capitaine exodien, droit dans ses bottes, un peu trop sans doute et que l’on aimerait voir exploser à un moment donné, mais qui sert de médiateur entre tous ce petit monde. Les deux techs bien sûr, Kizzy et Jenks, adorables, fous, mais qui ressemblaient beaucoup plus à des lutins dans ma tête qu’à des techniciens d’engin spatial (bon sauf quand Kizzy désamorce un champ de mine, ça c’était complètement badass). De Jenks, on en vient forcément à parler de l’IA, Lovey, dont il est tombé éperdument amoureux et dont la relation est très belle, emprunte de poésie et d’irréalisme. On retrouve ensuite Sissix (couverte d’écailles et de plumes mais qui semble tout aussi sensuelle) et Corbin (un gros lourdaud) qui ne peuvent pas se blairer. Enfin personne ne peut blairer Corbin. Viennent ensuite les deux créatures les plus étranges : Ohan, la paire sianate (le pilote des trous de vers) qui n’est qu’un mais que l’on dit « ils », et enfin le Docteur Miam (docteur / cuistot) qui est il mais qui fut elle. Huit personnages haut en couleur avec tous leurs émotions, leurs ressentis, leur peur, leurs secrets.

« Il cliqueta doucement. Elle ne comprendrait pas ce son, il le savait bien, mais il lui venait naturellement. C’était le bruit qu’une mère faisait devant une enfant qui apprenait à tenir debout. »

Mes préférés restent Rosemary, Sissix, Jenks, Lovey et Docteur Miam qui sont pour moi des personnages extrêmement intéressants et très bien développés par l’autrice à qui je tire mon chapeau. A travers eux, leur histoire et leur appartenance à différentes races intergalactiques, elle arrive à nous faire réfléchir sur tous un tas de sujets sociétaux très actuels : la transexualité, la maladie, l’alliance, la vente des armes, la sexualité, etc. Autant de sujets qui petit à petit forment les strates d’un roman époustouflant. Les relations que l’on devine, qui évoluent et qui s’installent au fur et à mesure du livre sont très intéressantes. D’aucun.e.s les ont d’ailleurs préférées aux personnages eux mêmes les trouvent peut-être trop « beaux pour être vrais » tant ils semblent tous être emprunt de bonté, de bienveillance.

Bien sûr s’arrêter à cela serait aussi oublier l’univers du roman. Mais c’est vrai que c’est quelque chose auquel on s’attache moins. Parce que ce n’est pas un roman ordinaire, parce que l’intrigue des trous de ver c’est pas la priorité, parce que, peut-être, la science-fiction n’est qu’un prétexte fort joli et agréable à lire pour parler d’humanité. Enfin. On aborde tout de même différentes stations à la recherche de matériaux, on rencontre différentes espèces aux mœurs aussi étranges qu’originaux, on échappe à des forces ennemis, on survit à quelques passes d’armes involontaires, et surtout on aperçoit de temps en temps la fabrication d’un trou de ver. Pour moi ce n’est pas quelque chose qui façonne le roman. Mais il est vrai que pour un ou une lectrice habitué.e de la SF, cela pourra dérouter, voire même déranger. Ici les sciences ne prennent pas beaucoup de place, mais pour moi c’est déjà bien suffisant ❤

Mais j’en oublie aussi l’intrigue ma parole ! Peut-être parce que là aussi, l’intrigue passe au second plan derrière des personnages si formidablement campés mais ce serait légèrement oublier tout ce qui découle du scénario en terme de réflexions et relations entre les personnages. En effet comme le dit si bien le résumé, nous suivons les aventures de cet équipage hétéroclite sur un an à bord du Voyageur. Le vaisseau tunnelier est appelé à creuser un trou de ver afin de pouvoir rallier facilement la planète torémi ayant nouvellement signé les accords de l’Union Galactique. En découle tout un scénario à grand renfort de crise diplomatique, éthique, péripéties et autres joyeusetés de type braquage, tentative d’assassinat…

Le ton est quant à lui très original. Avec des personnages tous plus intéressants les uns que les autres, parfois peut-être pas assez torturés, Becky Chambers semble aborder la vie à bord du Voyageur avec humour et légèreté. Kizzy est admirable de tendresse et d’humour et j’ai souvent souri, réchauffée par cette bienveillance qui émane d’elle et du roman. La plume est jolie, parfois poétique, et on ressent un profond attachement à ses personnages.

En résumé

La seule chose que j’ai finalement regrettée, c’est de refermer ce roman. J’aurais voulu rester à bord du Voyageur, avec ses personnages formidables, profonds, humains – extraterrestres, intelligents dans leurs relations aux autres. A travers ce space opera tout en délicatesse, Becky Chambers explore les confins de l’âme humaine et montre à voir l’actualité sous un jour très…  galactique.

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