L’imprudence de Loo Hui Phang

Mon aventure avec les 68 premières fois se poursuit sur ce second roman, L’Imprudence de Loo Hui Phang. Un roman court, à peine 140 pages, qui traite de l’identité, du corps, de la quête et de l’entre soi. Des thématiques intéressantes mais qui ne m’ont pas autant touchée que je le pensais.

Résumé éditeur

C’est une instinctive : elle observe, elle sent, elle saisit, elle invite, elle donne, elle jouit. Photographe, elle vit intensément, dans l’urgence de ses projets, de ses rêves, de ses désirs. Lorsque survient le décès de sa grand-mère au Laos, quitté à l’âge d’un an, elle prend l’avion pour Savannakhet, comme sa mère et son frère.
Là-bas, elle est étrangère. Pas tant en apparence qu’intimement : grandir en France lui a permis une indépendance, une liberté qui auraient été inconcevables pour une Vietnamienne du Laos. Son frère aîné brisé par l’exil peut-il comprendre cela ? Dans la maison natale, les objets ont une mémoire, le grand-père libère ses souvenirs, le récit familial se dévoile peu à peu. Plongée dans une histoire qui n’est pas la sienne, qui pourtant lui appartient, la jeune femme réapprend ce qu’elle est, comprend d’où elle vient et les différentes ardeurs qui la travaillent, qui l’animent.

Mon avis

L’histoire commence avec Florent. Avec cet appétit féroce, ce désir furieux qui étreint les corps, parfois, au hasard des rencontres, des rues, des escaliers. Avec cette jouissance, besoin ou nécessité qui bouscule le corps de la narratrice. On comprend vite que cette sensualité brutale, cette sexualité débridée et débordante vont peu à peu prendre une place de choix dans ce roman court. Qu’elles vont être délivrance et prison, habitude et besoin. Loisirs presque, le plaisir pour seul accomplissement de soi. Ce rapport au corps, magnifié par l’écriture de l’autrice, est tout à fait remarquable. Barrière, ouvrage, liberté… L’identité passe ici par la réappropriation de son corps, de ses envies et besoins, en totale contradiction, donc, avec les dogmes familiaux qui voudraient qu’elle reste vierge jusqu’au mariage. La narratrice est libre, fougueuse, fascinante.

« Je me disais que la vie était joyeuse, que c’était bon d’avoir vingt-trois ans, un appétit immense et un corps pour l’assouvir »

Elle n’a ni nom, ni visage, ni corps, elle pourrait être n’importe qui. Mais elle est vietnamienne, réfugiée du Laos, parisienne, 23 ans, typée asiatique. Peut-être n’est-elle pas n’importe qui. Elle est aussi photographe (apprentie) et assistante d’une célébrité de cet art. Mais il y a au fond d’elle quelque chose d’informé, de délicat, fragile, parcellaire. Quelque chose qui tient de l’identité, de son moi intérieur, de ses origines. Ni tout à fait française ni tout à fait vietnamienne. Pas tout à fait accepté en France (trop asiatique), pas tout à fait accepté au Laos (trop française). Un entre deux perpétuel contre lequel elle ne peut rien, contre lequel elle ne veut rien, quand bien même son frère le lui reproche trop souvent. Son frère. Le « tu » de l’histoire. Car si L’imprudence est un récit à la première personne, il s’adresse à quelqu’un, à ce frère qui ne comprend pas tout à fait qui elle est, et qui au fond le lui reproche.

« Ses mains recommencent à trembler. J’attrape sa paume qui tressaute sur mon bras, affolée.
Moi aussi, j’ai compris. Et l’événement, imprononcé encore, d’un trait net coupe ma vie en deux. »

C’est la mort de sa grand mère, son départ au Laos pour plusieurs semaines qui lui rend tout cela, cette imprécision, cette sensation de ne pas être tout à fait là. Mais si plonger dans ces souvenirs, dans les histoires qu’on lui racontait, dans les objets accumulés par sa grand-mère, dans la fumée des cigarettes de son grand père, lui permettait de reprendre contact avec elle-même ? D’épouser pleinement son corps et ses envies ? De pleurer, fort, pour une fois. De se laisser emporter jusqu’au bout, jusqu’à soi.

« La voix hésite, suspendue, aveugle. Elle se heurte à l’angle des souvenirs et fléchit, à bout de forces et de courage. Dans un souffle, grand-père chuchote. « La seule chose qui me console, c’est de penser que, là bas, tu es quelqu’un. Là bas, tu as le choix. Tu me ressembles tellement ». Je pourrais mourir d’entendre cela. Tant de mouvement. Cet afflux. La grâce que je n’attendais plus. »

Dans ce roman il y a une forme de flou constant. De métaphore en suspens. C’est quelque chose que j’apprécie assez normalement mais qui n’a pas réussi à m’emporter dans ce roman. Les changements de sujets aussi, m’ont perturbée. Le je au tu, le tu au je sont soudains, sans préavis et parfois j’en venais à me demander qui était ce tu. A me reposer la question. Je me demande si cela ne fait pas partie du jeu justement. Perdre son lecteur, jusqu’à ce que le « tu » ne soit plus ce frère pataud, maladroit, mais un « tu » universel. Je ne sais pas. J’ai beaucoup aimé les passages photographiques aussi, intriguée par ce que cela révélait des autres et de soi, c’est un exercice intéressant auquel l’autrice rend toute sa gloire.

Donc, non, vraiment, je ne sais pas pourquoi je n’ai pas été emportée. Le sujet, la plume, le flou qui a pu en déranger certain.e.s, tout cela reste pour moi des choses qui me parlent, me touchent souvent. Allez savoir, le hasard de la vie fait que.

En résumé

L’Imprudence est un roman intelligent et brillamment écrit entre le flou photographique et la poésie, qui place le corps comme objet central de l’identité, du soi, de ses origines et de notre construction. S’il ne m’a pas autant touchée que je le pensais, il reste une lecture agréable et pensive sur la façon dont les histoires familiales nous façonnent ou nous détruisent.

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