Comme des images de Clémentine Beauvais

Comme des images de Clémentine Beauvais s’est refait une beauté ! L’occasion pour moi de lire les premiers exprim’ des éditions sarbacane. Je ne connais la plume de l’autrice qu’à travers ses traductions des romans de Sarah Crossan et j’avais hâte de me plonger dans un de ses romans ❤ Merci aux éditions Sarbac’ pour le service de presse 😀

Résumé éditeur

Il était une fois… des ados sages comme des images, dans un très prestigieux lycée. L’histoire commence le jour où Léopoldine a cassé avec Timothée pour Aurélien. Ou bien le jour où Tim a envoyé un mail avec des images de Léo à tout le monde.

Mon avis

Dès les premières pages j’ai été happée par le roman. Littéralement. Cette description, précise, cruelle, et en même temps très douce, de ce corps éclaté au sol avait quelque chose d’hypnotique. Une entrée en matière électrique dans un roman qui l’est tout autant. Celui-ci a été chroniqué à minces reprises, il a été aimé ou détesté, mais voici ma chronique, toute en nuance, comme ses lignes, ses citations et ses personnages.

« T’as eu raison de casser, t’as eu raison ; casser c’était la seule solution. » C’est ce qu’on appelle de l’ironie tragique. On ne savait pas, à ce moment-là, qu’il y aurait quelqu’un d’autre dans cette histoire qui serait véritablement cassé, cassé comme ces petits oiseaux qui volent tout droit dans les fenêtres. A ce moment-là, on ne voyait pas la vitre ; juste le monde entier au-delà, par transparence.

On suit une narratrice anonyme, dont le seul but semble être d’être avec sa meilleure amie, Léopoldine (Léo pour les intimes), et de rester sa confidente jusqu’au bout. Elle est docile, quoiqu’un peu réactive lorsqu’on attaque son amie, se prête au jeu des amitiés adolescentes, la suit comme son ombre, se fond, littéralement, dans cette relation pas si belle. Il y a quelque chose de l’ordre de la prison, de l’enfermement, de la laisse dans cette relation. Quelque chose de déséquilibré et de presque malsain. Son point de vue est simple, candide, innocent sur ce qui se passe autour d’elle, comme si tout le monde avait grandi trop vite et qu’elle regardait ce lycée avec des yeux de collégiennes. Cela peut être perturbant. Mais j’ai trouvé presque original de se retrouver dans cette tête, avec ces pensées, tentant de nous rapprocher de sa meilleure amie.

Léopoldine quant à elle, est belle, intelligente, sociable. Elle a rompu avec Timothé pour se mettre avec Aurélien. Drame. Tragédie. Elle a bien hésité devant ses yeux remplis de larmes, mais le mal / le bien est fait, et la voilà en train de vivre un nouvel amour, au grand damne de la narratrice qui n’y comprend rien. N’y voit aucune raison objective et refuse d’entendre celles plus subjectives de l’émotion. Léo a une soeur jumelle, Iseult. Plutôt solitaire, la tête dans les nuages, un crayon dans la main. Ce qui l’intéresse ce sont les Beaux Arts.

Tout le monde se confond avec tout le monde. On s’attend toujours à ce qu’on arrive pile à tel endroit, à tel moment, et donc c’est toujours exactement ce qu’on fait – on pourrait aussi bien être quelqu’un d’autre sans que ça se remarque. On passe d’une personne à l’autre, on parle à l’un comme à l’autre, on confond tout le monde… On se laisse tomber et on se récupère comme rien n’était arrivé. Il n’y a rien de solide nulle part, rien ni personne n’est irremplaçable. On vit parmi nos propres doublures.

Au milieu de tout ça : une histoire idiote de vidéo de Léopoldine rendue publique. Signature : Timothée. La honte. Le déshonneur. Son corps est partout sur les réseaux, sur Youtube. Sa future carrière est rayée de la carte des possibles. Cyber harcèlement. Une journée en enfer. L’autrice joue astucieusement avec notre perception de cette histoire, glissant des pages de commentaires Youtube, Facebook, des extraits d’échanges par SMS. Cela dynamise le tout, l’histoire étant racontée par une narratrice plutôt simple, ne s’embarrassant finalement que peu de sentiment.

L’écriture y est belle, tantôt poétique, tantôt plus argotique, oscillant entre les deux registres. Ça ne me dérange pas. Les chaussures niquées, les branlettes, les enculés, font partie d’un quotidien et l’occulter ne ferait que rendre la chose moins réaliste. Et puis cela donne au roman un aspect plus cru, plus violent, qui n’est pas sans ajouter une certaine tension à toute cette histoire.

Le temps qu’on passe à penser à ses amitiés quand on a cet âge-là, c’est effrayant – et d’ailleurs tandis que je regarde le lit d’hôpital blanchâtre, là, maintenant, je me dis qu’on investit tous trop de temps, d’énergie, à entretenir ces relations qui ne sont que des coincidences – pourquoi elle plutôt qu’un autre ? parce qu’elle brille plus, parle mieux, parce que c’était elle, parce que c’était moi, des conneries comme ça – et qui se brisent par terre si facilement

Le seul bémol, pour moi, est que je ne me sois attachée à aucun personnage, ni ressenti aucune émotion, en dehors de cette urgence à tourner les pages. La narratrice n’est pas touchante, exposant les faits de manière très sobre. Iseult et Léopoldine ont quelque chose de cruel et de glauque, l’une les joues striées de fusain et l’autre en jouant de toute cette mascarade.

Cependant l’autrice met parfaitement en scène son sujet, sans verser dans le pathos, le vulgaire ou le cliché. Dans son roman les héroïnes ne sont pas ce qu’elles semblent être, loin des bêtes adolescentes fragiles, émotives, ou fortes et indépendantes. Elles sont un mélange de tout, de manière très différente, rendant compte de la complexité des affres de l’adolescence.

En résumé

Comme des images est un roman au rythme haletant. Loin des clichés du genre, Clémentine Beauvais trace le portrait d’une adolescence complexe et pleine de contradiction, exposant tantôt la haine, tantôt l’amour, tantôt le dégoût. Si la mise en garde contre le cyber harcèlement est claire, c’est plutôt l’idée de faire attention à ce qui nous entoure et de ne pas se conformer nécessairement à ce que les autres attendent de nous qui me reste en tête. Un chouette roman.

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