Si l’on me tend l’oreille d’Hélène Vignal

Avec les éditions du Rouergue on est toujours sûr de tomber sur des pépites, des romans forts, qui interpellent, heurtent, touchent. Celui-ci a des airs de conte, mais ne vous y trompez pas, derrière ses histoires se cachent des vérités profondes.

Résumé éditeur

Au Pays des Trois Provinces, les habitants sont partagés entre sédentaires et ambulants. On se méfie toujours un peu de ceux-là qui, allant de foire en foire, connaissent trop de secrets. Mais l’arrivée au pouvoir de Baryte Myrtale, un jeune roi épris de modernité, va tout bousculer : désormais, les ambulants seront assignés à un territoire. Certains d’entre eux vont refuser de perdre leur liberté. Parmi eux, Grouzna, une étrange jeune fille qui sait deviner le destin de chacun.

Mon avis

A cause du résumé évoquant ces provinces imaginaires je me suis de suite demandé pourquoi ce roman ne figurait pas dans la collection epik des éditions du rouergue lui préférant la doado. J’ai finalement compris. Si ce roman présente quelques éléments de l’ordre du fantastique notamment dans le personnage de Grouzna ou dans ces provinces bien loin de notre monde contemporain, ce ne sont là que quelques grains de sable. Le roman trouve racine dans une époque où voitures et machines semblent exister, quelques fois évoquées, mais également le travail de la terre, les foires, les petits villages de province, les différences entre les peuples et des noms de poésie ou de conte. Hélène Vignal nous en esquisse les contours (Le Littoral, les Viergans…), effleure ses rouages (Baryte Myrtale et ses conseillers, des principautés) pour nous livrer son essence : les gens.

« Elle donnerait tant de versions de sa propre histoire que personne ne pourrait deviner laquelle était la bonne. Comme tous les ambulants, elle apprit ainsi que transformer la réalité en histoires permet de la rendre acceptable et de continuer à faire partie du monde. Car elle savait d’instinct qu’on pardonne mal aux rescapés d’avoir vu le pire et d’en être revenu »

Cette histoire commence sur une aberration fardée de « bonnes intentions » : assigner les ambulants à des territoires afin qu’ils s’y implantent. Plus besoin d’attendre une foire quelconque pour amuser les enfants, couper les cheveux des adultes, réchauffer le cœur des vieillards de chants, de danse et de cirque. Non, désormais chaque peuplade aura son lot d’ambulants assignés à résidence. Le progrès. Le changement. L’ordre. Mais s’il est aisé de changer des lois, d’en édicter de nouvelles, il est plus ardu de changer le cœur des ambulants. Celui de Grouzna encore moins. Guidée par les mères quatre créatures plus ou moins fantomatiques vers le Littoral, la jeune fille ne s’est jamais laissée dicter sa conduite : ni en regard de l’habitude, ni en regard des lois, ni en regard de ce qui pourrait lui arriver. Quand on lui tend l’oreille, elle parle, elle raconte le destin des hommes qu’elle croise et une chose est sûre, cette loi apporte son lot de douleur. A chacun d’eux elle prévoit mort, famine, séparation, larme, tristesse. Le monde est au bord du chaos. La dictature frappe à sa porte. Et il faudra trouver un moyen de résister.

Mais Grouzna n’est pas seule à avoir dans son âme un vent de révolte. Il y a Albert et son manège-musique, dont les animaux, créés avec soin, semblent lui parler et rêver. Il y a Dane qui peut dépanner tout et n’importe quoi. Il y a « La Vieille » qui coiffe et recoiffe les cheveux qui passent entre ses mains, s’éloignant chaque printemps de son Garech tandis que celui-ci vogue au loin. Deux âmes qui se quittent chaque fois pour mieux se retrouver. Il y a Vicky-Vestige, une survivante d’un cirque ambulant, qui danse en équilibre entre ténèbres et lumière. Et puis « … », troubadour aux multiples talent qui sent une rage bouillir en lui. Tous ensemble ils vont combattre ces ténèbres qui s’annoncent. Faire front, faire des plans sur la comète, se dessiner des bateaux sur le ventre pour voguer sur la chance, rêver d’impossible. Et puis ils vont se raconter des histoires au coin du feu, apprendre à s’équilibrer, livrer leurs secrets, repeindre licorne et dragon. En bref, avancer, encore, tel qu’il a toujours été, tel qu’ils en ont toujours ressenti le besoin, à l’encontre des lois et des hommes trop zélés pour les appliquer.

Mais tout cela ne vous dit pas à quel point ce roman se pare de poésie sous la plume d’Hélène Vignal. Combien il est dur alors de se sentir voyager en étant statique. Cela ne vous dit pas, non plus, cette sensation de se faire embarquer, happer, transcender par cette histoire universelle qui dit beaucoup de la résistance et de la façon d’avancer ensemble.

En résumé

Si l’on me tend l’oreille est un roman époustouflant. En ne se servant que de quelques esquisses d’un monde étranger, Hélène Vignal déplie une formidable histoire de résistance. Intemporelle, elle se pare de tout un arsenal de poésie et de personnages étonnants, plein d’humanité, défiant l’immobilité et la peur.

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3 commentaires sur “Si l’on me tend l’oreille d’Hélène Vignal

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  1. Wahou !!! J’adore le résumé et ton avis, je l’ajoute avec plaisir (et de suiteeeeee) dans ma wish-lit ! L’ambiance a l’air top^^ Merciii pour la découverte 🙂 !

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