Toi, moi, lui et la fin du monde (ou l’histoire-qui-n’est-pas-écrite)

Une chaleur à crever. Et tout le monde qui panique parce que tout part à vau-l’eau. Et moi toute transpirante dans une robe blanche qui serait rendue transparente. Et toi en short et débardeur – du jamais vu – parce que comment tu pourrais jardiner, et bricoler et faire des étincelles avec des appareils dont je connais même pas le nom ? Comment tu pourrais capturer des soleils ? Alors on serait là, tellement moites qu’on saurait plus ce que ça veut dire d’être au sec. 

Quel temps de merde quand il fait chaud. Quand il fait chaud à en crever.
On regarderait notre jardin avec de l’eau dans nos yeux qui n’auraient pas vieillis. Des yeux mi effrayés mi fatalistes. Des yeux que toi tu aurais un peu plus secs, des yeux de « je te l’avais bien dit ». Et moi ils auraient sans doute un peu débordés. Des yeux de « je sais mais fallait bien essayer ». Essayer trop tard. Essayer encore. Alors on regarderait un enfant qui n’en serait plus tout à fait un, courir dans cette herbe devenue jaune paille. On le regarderait sauter par dessus les rosiers morts, et les passiflores mortes, et les quelques touffes d’herbes qui auraient à peine survécu. On se dirait qu’ici on a quand même fait quelque chose de beau. Et que ça se retrouve dans son sourire qui n’a connu que la chaleur. Et que ça se retrouve dans ses jambes qui sautent par dessus la mer toute en bas de chez nous. Et que ça se retrouve dans son rire un peu plus grave quand il regarde les rares goélands se nourrir à même le cadavre des poissons morts échoués entre les bouteilles plastiques. Et que ça se retrouve dans les histoires qu’il s’invente, dans celles dont on l’abreuve avec des « tu sais avant les oiseaux touchaient les étoiles le soir, et les poissons vivaient dans des profondeurs que t’atteindras jamais, il y avait des éléphants et des créatures extraordinaires qui se tapissaient dans l’ombre et dans le soleil ».

On le regarderait s’endormir, des rêves plein la tête, en regardant les nôtres se fracasser sur ses paupières. On le regarderait tout notre saoule. Et puis on se regarderait nous. On se regarderait tout notre saoule. Avec nos yeux d’eau, et nos sourires tremblants. Avec nos mains qui se cherchent. Avec nos corps tout moite. Avec notre envie de vivre toujours plus fort. Avec dans les oreilles le vent qui se lève. Avec le poids des années en plus.

Alors peut être qu’on ferait l’amour. Peut être qu’on ferait l’amour comme au premier jour et comme tant d’autres fois après. Furieusement. Avec l’envie de se fondre l’un dans l’autre. Avec les dents qui s’entrechoquent, et les miennes qui viendraient te mordre et les ongles qui te griffent. Et cette fois tu dirais rien. Parce que cette passion là te ferait du bien. Et nos peaux produiraient des claquements secs. Et tes doigts mordraient ma chair. Et puis on jouirait. On jouirait d’être en vie. Encore. Quand tant d’autres seraient morts. On jouirait de rage, et d’amour, et de tempêtes mi solaires mi lunaires. On jouirait d’être là, ensemble. Et puis après. Quand on sera encore plus moite que moite. Quand on aura l’impression de s’être liquéfiés. Quand le soleil ne nous brûlera plus la peau. Quand le crépuscule se couchera sur nous. On sera nus à regarder les étoiles. À regarder les nuits dans lesquelles on se connecte au monde. À pleurer demain, rêver hier, à renifler nos peaux. Elles auraient toujours la même odeur. Pas tout a fait la même saveur. Une saveur de fin du monde.

Mais cette histoire la n’est pas encore écrite. Pas encore. C’est une histoire cauchemar-rêverie.

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