Le Dieu dans l’Ombre de Megan Lindholm

Le Dieu dans l’ombre est un service de presse des éditions Actusf qui vient compléter mes lectures sombres, étranges et mystérieuses de cet été. Grande fan de fantasy je n’ai jamais lu un seul Robin Hobb, donc ici, point de comparatif, juste ce roman, tel qu’il est, dans toute sa splendeur.

Résumé éditeur

Evelyn a vingt-cinq ans, un époux, une belle famille et un enfant de cinq ans.
Quand elle était jeune fille, elle avait la compagnie des forêts de l’Alaska, de la poésie de la nature et de Pan, un faune mystique.
Un jour, il disparut.

Elle n’aurait jamais cru que la créature irréelle surgirait à nouveau dans sa vie et agiterait en elle ces émotions fantasmatiques et sensuelles.
A mi-chemin entre la civilisation et la nature, sous le couvert des arbres glacés, Evelyn devra faire face à des choix terribles. Trouvera-t-elle son chemin dans l’ombre ?

Mon avis

Sensible. C’est le premier mot qui me vient à l’issue de cette lecture. Nous suivons le personnage d’Evelyn dans ses débats intérieurs du début jusqu’à la fin. Petite sauvageonne d’Alaska, elle a petit à petit appris à se conformer à un idéal d’humanité où tous ont leur place, correspondant à une case bien précise. Pourtant, dans sa petite maison, entourée de Tom, son mari, et de Teddy, son fils, elle n’avait pas eu l’impression de renier son être. Jusqu’au jour où il revient. Dans toute sa simplicité, son odeur de foret et de musc, son imprécision d’enfance.

« C’était comme l’entracte au milieu d’un long film, comme les vacances entre les périodes d’examen. Ma vie avec Tom était une sorte d’intermède en dehors de ma vraie vie, un commentaire entre parenthèses dans la phrase de mon existence. Je ne parvenais pas à rattacher à mon enfance. C’était comme si on y avait greffé une suite, la réalisation provisoire d’un souhait. »

Pendant toute la première partie du roman nous oscillons entre passé et présent, enfance et instant. De forêts en maison familiale, de magie en lessive. Indéniablement notre cœur penche en faveur des miracles et des rêves, et petit à petit on apprend à haïr cette famille qui la vampirise. Les Potter. De riches américains conviés à vivre une vie sans plaisirs, goûtant la richesse de pouvoir être l’exemple à suivre. Ce ne devait être que pour quelques semaines, puis un mois, puis deux, puis trois. Le temps s’étire, les tâches se répètent. On se lasse même un peu, priant pour qu’Evelyn se réveille, hausse le ton, sorte de sa camisole dans laquelle cette famille l’enferme si bien. Un roman d’autant plus contemporain si on le croise avec les sujets du féminisme actuel : charge mentale, égalité des genres, tâches domestiques… Si les femmes Potter semblent se complaire dans cette vie bien rangée, Evelyn étouffe, suffoque. Ils lui volent tout. Les instants avec son mari, l’innocence de son fils, veulent l’éduquer à leur image et l’excluent. Fait-elle seulement partie de cette famille ?

Le traitement de son personnage est extrêmement réaliste, touchant, sensible autant qu’il est triste et grotesque. On aimerait la secouer comme un prunier, lui dire d’exploser…et en même temps. N’y a t-il pas aussi une grande force à rester de marbre, à tenir un rôle ? Ses questionnements sont effrayants tant ils sonnent justes. Alors on grimace, on soupire, on a même parfois les larmes aux yeux de la voir se débattre mais on attend. On patiente. On sait que tout va basculer.

« J’ai onze ans et je suis allongée entre un faune et un chien. Nous formons un cercle à nous trois, de l’homme à la bête et vice et versa. Je les aime comme j’aime mes mains et mes cheveux, sans réfléchir, je les accepte totalement. Ce sont les deux êtres les plus importants de mon existence et ils le seront toujours. Quand nous serons grands, je serai la compagne de Pan et nous vivrons et chasserons dans ces bois et Rinky courra toujours à nos côtés. Je sais tout cela comme je sais que le ciel d’été est bleu et que le permafrost est froid. »

La seconde partie du roman est plus étrange…parce qu’entrecoupée d’un événement qui m’a laissée un peu perplexe. C’est le seul reproche que je lui ferai d’ailleurs (l’ayant adoré et dévoré du début jusqu’à la fin). Cet événement est un point de bascule mais j’ai trouvé son traitement très « à côté de la plaque ». Je trouvais qu’il ne collait pas. Mais c’est peut être ça aussi, qui fait son charme, le fait que je m’y retrouve sans m’y retrouver totalement, que je le comprends mais pas entièrement, qu’il me touche mais pas tout le temps.

En dehors de cela on continue cette lecture entre réalisme et rêverie, en s’enfonçant d’autant plus dans les ombres, les herbes folles et les odeurs sauvages. Les dernières pages sont d’un onirisme fou mâtiné d’une bonne dose de sensualité, de tendresse et de rapports à la nature. Evelyn se sent connectée presque psychiquement à la terre, aux arbres, il y a une sorte d’écho en elle, comme si le monde s’était trompé en lui prêtant forme humaine et que toutes ces années passées aux côtés des hommes n’avait été que traîtrise et illusion. Dans ces ténèbres, elle se sent enfin revivre. Pourtant, même là, n’est-elle pas en dehors de son chemin ? Jusqu’au bout de ma lecture je me suis posée la même question : est-ce que tout ceci n’est que le rêve d’une enfant qui a peur de grandir ? Doit-on grandir si cela signifie se renier soi-même ?

Pour finir, les deux points qui font de ce roman une petite pépite : l’écriture de Megan (traduite) et la figure du faune. La première est forte, d’une précision et d’une finesse, loin, je pense, de celle qu’elle utilise dans ses romans de fantasy. Il y a quelque chose de l’ordre du personnel dans cette histoire, quelque chose de réel, de tangible. La figure du faune est quelque chose de très peu usité en littérature de l’imaginaire, encore moins avec cette maîtrise et cette dichotomie. A la fois monstre, amant, ami, créature sauvage, le personnage se fait tantôt effrayant, oppressant et tendre. Le Dieu dans l’ombre est décidément passionnant et j’aime d’autant plus le côté dérangeant du roman qui interroge, surprend. De plus, pour un texte datant déjà de 1991 dans sa première version il reste d’une actualité désarmante quant à la place de la femme et le regard de la société. Et quoi de mieux, en littérature, que d’être bousculé ?

En résumé

Le Dieu dans l’Ombre est un roman d’une grande puissance littéraire qui nous entraîne entre rêverie et réalisme dans les pensées tourmentées d’une héroïne singulière. Oscillant entre les paysages de l’Alaska, la chaleur suffocante de son quotidien et la fraîcheur de son enfance, on dévore le roman page à page, en se laissant porter par l’onirisme et la sensualité de l’instant. Un excellent moment de lecture qui transcende les frontières de l’être humain et celle des genres de l’imaginaire.

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4 commentaires sur “Le Dieu dans l’Ombre de Megan Lindholm

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  1. Lu il y a quelques années, et il m’avait fait une très forte impression. Le point de bascule du roman et son traitement ne m’avait pas plus interpellé que cela, mais je pense le relire – peut-être qu’avec quelques années de plus mon ressenti sera différent !

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    1. Nos ressentis sur les romans que nous avons lu évolue toujours… c’est aussi pour cela que je les relis peu. Peur de gâcher l’étincelle qui m’avait fait les aimer. Mais parfois, c’est surtout une redécouverte comme avec La Croisée des Mondes de Philip Pullman que j’ai dû relire cinq ou six fois. Chaque fois la trilogie se révèle un peu plus.

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