Comment le dire à la nuit de Vincent Tassy #PLIB2019

Avant dernière lecture pour le PLIB 2019 et seconde lecture aux éditions du chat noir. Une sélection qui s’avère bien sombre si j’en crois les retours sur Le Dieu oiseau de Aurélie Wellenstein. Seul Terre de Brumes faisait exception à la règle… 

Mon résumé

Chacun d’entre eux est lié aux autres : Rachel, Adriel, Egmont, Athalie, Parascève et Cléopâtre. 1691. 1856. Quelque part de nos jours. 1483. Six personnages traversent les époques. Entre haine et amour, sang et sourire, larme et joie. Des liens étranges les unissent, les tirent, les angoissent. Et chacun tente de s’en défaire, de vivoter, tandis que l’ombre s’étend, les rattrape. Parce qu’elle « voulait vivre une histoire. Une histoire d’amour et de nuit qui traverserait les siècles ». 

Mon avis

Comment le dire à la nuit est un roman assez particulier. Vous allez me dire que j’ai déjà dit ça pour La fille qui tressait les nuages et je vous dirais qu’ils se ressemblent un peu tous les deux, autant qu’ils sont différents. Ils ont tous les deux le charme des histoires sombres, des plumes poétiques et des paragraphes de pure plaisir littéraire. Mais le roman de Céline Chevet se pare d’éclat et de ténèbres tandis que celui de Vincent Tassy n’a pour lui que la mélancolie des choses oubliées, les excès de l’amour et la noirceur d’une nuit d’hiver.

« C’était plus beau, pensait Rachel, d’être fragile dans un monde où il fallait être fort. Plus beau d’être la lune plutôt que le soleil. Préférer la chlorose à l’éclat, aimer les fleurs qui s’effritent dans un vase où il n’y a plus d’eau, la langueur des sonates, les rideaux fermés. Renier le corps. Aller contre lui. L’anémier. Et dans le cœur, intérieur nuit. »

S’il y a bien quelque chose sur laquelle je ne reviendrai pas c’est la beauté de la plume de Vincent Tassy. Tantôt poétique, tantôt mélancolique, elle entraîne son lecteur toujours plus loin dans l’histoire sans que le temps ne s’écoule trop vite. On tourne les pages, on savoure, rêveries imaginaires d’un monde sombre et terrifiant, envolées lyriques et gothiques, où la beauté des ténèbres est bien plus souvent louée que celle du jour. La plume s’y prête, tantôt incisive, tantôt caresse. Et on se laisse si bien porter, qu’on en oublie parfois même l’intrigue, tout à notre joie secrète de lire cette plume-là.

« C’était comme une berceuse, la gentillesse dans son regard. Rachel ne supportait pas cela, d’habitude. Les gens gentils, généreux, attentionnés avec elle, ils la touchaient tellement qu’elle avait toujours envie de les insulter – en leur présence, toutes sortes de grossièretés incontrôlables éclataient dans sa tête, connasse, va te faire, tu fais pitié, putain mais ta gueule, avec la frénésie d’un feu d’artifice -, c’était une barrière, une façon de se protéger de la gratitude dévastatrice qui la submergeait alors. Elle n’avait jamais compris pourquoi. Par quelle malédiction. Mais pourquoi ne s’érigeait-il aucune barrière devant ce regard-là ? »

Un roman n’est cependant pas qu’une plume et je me dois tout de même de vous parler du reste : des personnages, de l’intrigue, de l’ambiance… Autant de choses qui m’ont émerveillée – le paradoxe de la noirceur – malgré quelques couacs.

Six personnages à suivre c’est long, fastidieux même. La peur de se perdre entre leurs personnalités est souvent ancrée et pourtant, chacun porte en lui une histoire et des émotions totalement différentes. On sourit aux amours d’Egmont et Léopold, grimace des ténèbres glacées de Rachel, s’amuse de ses rencontres avec Cléopâtre, frissonne aux pensées d’Athalie. Même le rythme en est presque changé. Ma préférence va à celui de Rachel, très sombre et torturé mais aussi très humble dans sa façon de vivre son deuil. J’ai adoré la suivre et j’ai détesté sa fin. Le personnage d’Athalie est également assez surprenant dans ses excès, sa folie, ses élans meurtriers, sa joie enfantine. Beaucoup ont apprécié les rencontres nocturnes de Léopold et Egmont mais je les ai au contraire trouvés assez peu « utiles » à l’histoire, simples faire-valoir pour montrer un « bel amour ».

Pour l’intrigue, difficile de vous en dire plus, j’aurais l’impression de dire trop ou pas assez. On suit l’histoire d’un amour, immense, si grand, si puissant, si brûlant, qu’il annihile tout sur son passage, qu’il fait souffrir, marque, désespère, détruit. Un amour si percutant qu’il ira jusqu’à impacter la terre entière. C’est magnifiquement bien retranscrit. Ne reste que la fin, qui m’a un peu déçue, pas forcément pour sa conclusion mais pour la manière dont on y parvient.

L’ambiance donc. Particulière. Originale. Sombre et mélancolique comme un tableau un peu gothique. La lumière effacée, les ombres de la lune. C’est beau, on apprécie l’effort et la surprise et puis peu à peu…on s’écœure. Trop de mélancolie. Trop de ténèbres. On étouffe, l’ambiance est pesante et on a qu’une seule envie : que tout cela se termine. Que quelqu’un vienne y mettre un terme, un point final. La fin arrive juste à ce moment là, à ce point de rupture. Alors on referme le livre avec l’impression d’avoir vécu une grande et belle histoire, mais avec aussi la sensation qu’on ne le rouvrira plus jamais, les ténèbres étant très bien là où elles sont. Et c’est comme ça que Comment le dire à la nuit passe à rien de devenir un coup de cœur, par ce trop plein de pesanteur.

En résumé

Comment le dire à la nuit est un roman original et surprenant où l’amour côtoie la mélancolie avec ferveur, embrassant ténèbres et folie pour mieux se révéler dans toute sa puissance. Un amour immense et destructeur, où la quête de soi n’est qu’une minuscule part et où l’ambiance, très souvent pesante, nous pousse à tourner les pages de plus en plus vite. Une plume délicate et poétique qui colle parfaitement à ce roman gothique aux allures de tableau maudit.

#ISBN9782375680897

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