La fille qui tressait les nuages de Céline Chevet #PLIB2019

La fille qui tressait les nuages m’a gentiment été prêté par Cell’s Book dans le cadre du PLIB 2019. Un roman des éditions du chat noir signé Céline Chevet qui ajoute une note de noirceur et de poésie dans mon été… Et il paraît que je ne suis pas rendu au bout des ténèbres avec Comment le dire à la nuit et Le Dieu Oiseau qui seront mes prochaines lectures PLIB. 

Résumé éditeur

Saitama-ken, Japon.

Entre les longs doigts blancs de Haru, les pelotes du temps s’enroulent comme des chats endormis. Elle tresse les nuages en forme de drame, d’amour passionnel, de secrets.
Sous le nébuleux spectacle, Julian pleure encore la sœur de Souichiro Sakai, son meilleur ami. Son esprit et son cœur encore amoureux nient cette mort mystérieuse. Influencée par son amie Haru, Julian part en quête des souvenirs que sa mémoire a occultés. Il est alors loin de se douter du terrible passé que cache la famille Sakai…

Mon avis

La fille qui tressait les nuages est le genre de pépite que j’adore voir surgir dans les genres de l’imaginaire. A la frontière avec le réel, les nuages se font tissages, les secrets se font trahisons et l’amour malédiction. Il y a un petit côté à la Haruki Murakami, ou à la Miyazaki dans ce roman contemporain mêlé de fantastique : les pièces s’envolent dans les airs, les traits de fusain s’effacent, et des fleurs poussent au dessus des têtes. Et toujours, étroitement liées, la noirceur et la poésie. Et j’ai quelque chose à vous confier : j’aime les romans sombres et beaux à la fois.

« Finalement, le temps déchire les âmes comme le vent étire les nuages jusqu’à ce qu’ils ne soient plus que des lambeaux. C’est pour ça que j’aime les tresser, j’ai l’impression de les rendre plus robustes aux aléas du temps. »

Entre deuil et amour perdu, nous suivons le personnage de Julian, mi-japonais mi-anglais, dans les méandres de ses souvenirs. A ses côtés, Souichiro Sakai, son meilleur ami, dont le regard se perd étrangement dans les chemins du temps, dont les lèvres esquissent des sourires incompréhensibles et qui semble tellement plus mature, plus vivant, plus grand, tellement plus. Mais aussi Haru, cynique, à l’humeur instable, ses baguettes de bois tissant les nuages. Ou encore Akiko, seule lumière dans toutes ces ténèbres, mais dont personne ne semble jamais se souvenir, son nom s’effaçant à mesure que les autres l’apprennent, son corps impalpable, sa présence insaisissable.

Ces quatre personnages co-existent de manière tout à fait surprenante grâce à Julian qui semble être attaché à chacun d’entre eux. Nous les découvrons au fur et à mesure, sautant de point de vue en point de vue mais aussi de révélations en révélations, Céline Chevet décidant de nous livrer ces informations au compte goutte. On en devine certaines, mais on est toujours très loin de l’entière vérité, alors on patiente en se rongeant les ongles, espérant que ça ne puisse pas être pire que ce que nous imaginons déjà. La couverture est douce, l’histoire est glauque. Le titre annonciateur de rêve, les personnages sont maudits. Ce contraste saisissant rend ce roman extrêmement surprenant et j’avoue que c’est ce qui me l’a rendu aussi fort.

« Je voulais tenir sa main. Je voulais entendre son rire, car seul son rire, désormais, était en mesure de combler le vide qui me rongeait le cœur. Alors, j’appelais son nom, doucement, passionnément puis je le criais, je le grognais, je le pleurais jusqu’à en écorcher chaque lettre. »

Car les histoires mignonnes à l’eau de rose ne font pas tout à fait partie de ce conte mystérieux que nous livre Céline Chevet. C’est avant tout une histoire de deuil, de la manière de se reconstruire, de la façon de grandir, de l’envie d’avancer. C’est ce qui rend le personnage de Julian attachant. Pour autant je ne me suis pas beaucoup attachée à eux mais plutôt à une morte. A travers leurs souvenirs, leurs non-dits, les mensonges, les secrets, on s’attache à celle par qui tout a commencé : la sœur de Souichiro Sakai, le grand amour de Julian, décédée sous ses yeux sans qu’il n’en est aucun souvenir. Les yeux lunaires, la robe bleu, les cheveux de jais. Chacun de leur mot, chacune de leur pensée, chaque émotion, s’imprègne de cette présence fantomatique. Je me suis attachée à elle, et pourtant ce qu’il y avait de plus touchant c’était bien l’amitié qui liait Souichiro à Julian. Une amitié indéfectible, une confiance aveugle, que ses bribes de souvenir viennent mettre à mal. Que lui cache t-il ? Pourquoi ? Derrière ses grands yeux sombres il n’y a aucune réponse à ses questions…

« Souichiro n’avait pas donné d’explication, mais à l’intérieur de moi, le souffle des vagues me tiédissait le coeur. la mer calme, la mer grande, la mer protectrice, la mer en colère, la mère puissante : celle au sein de laquelle les âmes se fondent. le flux du Pardon. Un goût salé de rédemption. […] Tel un pacte, nos silences dans le vent, notre culpabilité malmenée par les embruns, le pardon entre nos paumes, nous avions scellé ce qui devait l’être. »

J’ai l’impression de vous en dire trop et pas assez à la fois tant ce roman m’apparaît si simple et si complexe, si beau et si torturé, tout se fait paradoxe tant les éléments fantastiques qui viennent se glisser çà et là rendent toute logique inutile. J’ai envie de vous dire : ne vous fiez pas à cette couverture, mais vous y retrouverez tout de même cette beauté poétique, ce côté onirique, cette mélancolie triste. J’ai envie de vous dire : plongez-y, laissez vous porter de rebondissement en rebondissements, grimacez de dégoût, froncez le nez, écarquillez les yeux de surprise. J’ai envie de vous dire que l’écriture de Céline Chevet a de cela d’extraordinaire qu’elle ne vous laisse rien de deviner, seulement des bribes, mêlées de poésie nippone, où les mots se font mélodie tantôt pour vous réveiller tantôt pour vous endormir.

En résumé

La fille qui tressait les nuages c’est un roman surprenant où la poésie des cerisiers en fleurs, les ténèbres des yōkai, le fantastique du Japon, l’étrangeté de la réalité se mêlent pour vous livrer un roman aussi glauque que mélancolique, où le deuil, autant que l’adolescence, y ont une place surprenante et onirique. Une écriture qui vous emporte dans un autre univers, par à coup, entre malédiction et réalité. Une petite perle ❤

#ISBN9782375680797

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