La tribu des Désormais de Benjamin Desmares

La tribu des Désormais n’est pas le premier roman que je lis de Benjamin Desmares puisque j’ai aussi lu Des poings dans le ventre dans la collection doado noir et Un truc à finir dans la collection de romans contemporains. De quoi naviguer entre les genres, les personnages et les formats. Mais puisque l’adage veut que « jamais deux sans trois », cette lecture ne fait pas exception et s’avère être excellente, vivifiante, mais aussi dérangeante.

Mon résumé

Elias, perché en haut d’un bâtiment voit s’approcher un chasseur de monstres ; devant lui, le corps étendu d’une jeune femme ; et en tête le proverbe de son père issu d’une civilisation éteinte « aide ton prochain ». Peut-être n’aurait-il pas dû. Peut-être que cela changera sa vie à tout jamais. Il a protégé un monstre. Il sera jugé, marqué puis traqué à travers tout son côté de l’île. Il ne lui reste qu’une seule solution : fuir de l’autre côté, à travers le champs d’épines, à travers les ronces qui se sont transformées, assaillantes et guerrières. Devant lui, l’inconnu et les monstres. Derrière lui, son foyer et la mort.

Mon avis

Je ne suis pas une grande fan des genres post-apocalyptiques, les livres qui se transforment en roman survivaliste, où chacun y va de son coup de machette ne sont pas des choses qui me plaisent. Mais heureusement, La tribu des Désormais n’est pas de ceux-là. Il est riche, dense, curieux, dépaysant et donne une alerte que l’on entend tous sonner depuis quelques années : l’écologie.

L’univers prend place sur ce qui ressemble à une île dont le paysage a été entièrement modifié. Avant la Catastrophe, les habitants jouaient, s’amusaient, allaient au travail, prenaient un goûter. Aujourd’hui il n’existe plus rien de cette insouciance. L’île s’est divisée en deux camps : les monstres, d’anciens humains terriblement difformes, et les horsains, ce qu’il reste de la population non infectée. Entre eux, une immense muraille d’épines qui nous fait forcément penser aux murs de ronces entourant le château d’Aurore dans La Belle au Bois Dormant. Laquelle des deux parties de l’île est la moins lucide, cela reste à déterminer.

Sans forcément faire trop dans les détails pour se concentrer davantage sur ses personnages, l’auteur nous fait ressentir cette ambiance mi-urgente mi-tranquille où chacun sent que quelque chose cloche mais refuse de s’arrêter pour voir la vérité en face. S’arrêter c’est mourir, c’est laisser l’opportunité aux autres de te tuer, de te voler. La meute des chasseurs de monstre n’est pas bien loin, les quartiers autrefois tranquilles se transforment en zones de guérilla, et les adultes acceptent la situation s’estimant chanceux d’être encore en vie.

Au milieu de tout cela vivotent Elias, Silke et Colas. Elias est plutôt du genre lâche, évitant soigneusement les combats et se repliant dans la maison construite par son père à même la falaise. Silke est fougueuse, revêche et cache derrière ses grognements peu amènes des blessures d’enfant. Colas lui, bien que secondaire, est un personnage que j’ai énormément apprécié. Il est tendre, touchant, d’une telle innocence que l’on ne peut que s’attacher à lui. Tous les trois rentrent en collisions, ce sont des destins lancés à pleine vitesse et qui ne veulent plus s’arrêter de se croiser.

Dans ce décor de fin du monde, Benjamin Desmares recontextualise les humeurs adolescentes, le rejet, le désir, l’amour, tout cela se mêle à l’urgence, la mort et le sang. Les maladies rôdent, les choucas parlent, et des rochers peuvent désormais manger. Minéral, végétal et animal se sont fondus les uns dans les autres pour former un tout vivace, effrayant et dangereux.

« Il riait, heureux d’avoir trouvé une comparaison entre lui et une chenille, et c’est en souriant qu’il s’endormit, la tête penchée vers un ciel sans étoiles ».

On apprend bien vite, au détour d’un feu, tout ce qui s’est produit, la grande Catastrophe, les radioactivités, et les hommes qui abattent d’autres hommes pour tenter vainement de se protéger alors que tout est dans l’air, l’eau, le sol, que tout aurait pu être arrêté bien plus tôt si l’Homme n’avait pas été si imbu, si sûr de son propre pouvoir. Beaucoup diront que les romans écologiques ne sont qu’une mode, une tendance qui peut agacer. Pour moi ils sont tout autant nécessaires que les romans qui parlent d’homophobie, de sexualité, de féminisme, de militantisme. Le post-apocalyptique est idéal pour cette notion mais je suis heureuse que l’auteur ne se soit pas contenté de cela. Il y a aussi un véritable propos sur la différence, l’amour, l’adolescence, l’acceptation de soi et des autres.

Autre travail véritablement impressionnant : la prose. Tantôt poétique tantôt lâche et fluide, les mots de Benjamin Desmares sont des rivières et il faut parfois s’adapter à son rythme pour en suivre tous les remous. Les émotions sont palpables entre colère et ravissement, peur et curiosité et s’accrochent à nous, aussi bien que les ronciers. Tantôt dangereux, tantôt magique, d’une écharpe de bois et de terre en oiseaux qui parlent, de source sacrée en culte sanglant, de traque en fuite, on se laisse entraîner, d’abord lentement puis de plus en plus vite dans cette fable écologique…qui n’en est peut-être pas une.

En résumé

Le premier volume de La tribu des Désormais est une formidable lecture qui vous entraîne dans une aventure erratique où se mêlent écologie, tendresse et larmes. D’une plume fluide et agréable, l’auteur trace le destin de trois personnages hors norme dont les différences autant que les blessures en font une équipe touchante et réaliste. En posant un regard juste et alarmant sur l’avenir de nos sociétés, Benjamin Desmares nous invite à penser le futur comme le présent entre catastrophe et reconstruction.

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