Mortal Engines tome 1 : Mécaniques fatales de Philip Reeve

Après avoir vu l’adaptation de Peter Jackson j’avais une envie furieuse de découvrir cette saga dont je n’avais jamais entendu parler. Alors oui je sais, d’habitude on fait plutôt l’inverse, on regarde le film après avoir lu le roman. Mais que voulez-vous il ne faut pas toujours tout faire comme tout le monde.

Mon résumé

Londres avance inexorablement, elle avale toutes les autres villes qu’elle trouve sur son passage, dévore ses habitants qui se retrouvent projeter dans ses Entrailles et continue son chemin, inlassablement, traversant des océans de boues à perte de vue. Elle a un objectif : la Barrière de Batmunkh Gompa et ses villes sédentaires.

De son côté, Tom Natsworthy, est un jeune apprenti historien désireux de faire ses preuves. Alors quand une intruse s’introduit à bord pour tuer Taddeus Valentine, un homme qu’il admire par dessus tout, il s’élance à sa poursuite. Oui mais voilà. Hester Shaw n’est pas une jeune femme comme les autres, une cicatrice immonde lui défigure le visage et la voilà prête à sauter dans le vide ordure. Projetés tous les deux dans cette terre boueuse et désolée, seuls contre des villes affamées, nos jeunes héros vont devoir affronter bien pire que des mécaniques : la nature humaine.

Mon avis

Mécaniques fatales est un premier tome qui prend ses marques dans un monde post-apocalyptique à la Mad Max où la nature n’est plus que boue et poussière. La Terre, détruite il y a plusieurs siècles par des armes nucléaires, a forcé les villes à se déplacer. Devenues locomopoles, elles sont régies par le darwinisme municipal. Les plus petites sont mangées par les plus grosses et tout ce qu’elles contiennent est recyclé. Une loi qui semble dépasser le stricte cadre de la machinerie et des rouages des cités pour se projeter aussi dans les normes humaines, les plus forts réduisant en esclavage les plus faibles. Son univers, marqué par une bonne dose de steampunk est ce qui le rend extrêmement intéressant. Ça, et le fait que, dès les premières pages, on soit entraîné dans une espèce de page turner haletant à travers l’occident.

« Nous construirons de grandes machines propulsés par la chaleur terrestre, puis nous libérerons notre planète de son orbite. Nous avalerons Mars, Vénus, les astéroïdes. Nous goberons le soleil lui-même, puis nous traverserons l’univers. Dans un million d’années, notre grande cité continuera à voyager. Elle ne se nourrira plus de villes, mais d’autres mondes ! »

Les pages défilent à une vitesse incroyable et on est directement mis « dans le bain » avec la course-poursuite dans la cité entre Hester et Tom. Ce sont des personnages dont l’évolution est très travaillée, à coup de confiance renouvelée ou trahie, de mensonges ou de vérités. Ils changent, grandissent et apprennent beaucoup de choses l’un de l’autre. Là où le personnage de Tom est assez naïf, malgré la mort prématurée de ses parents, il a toujours eu tout ce qu’il voulait, il entrevoit un monde fait de dangers, d’explorations et de morts. Le sang lui colle à la peau, la crasse le rend poisseux, et tout le vernis londonien fond comme neige au soleil dans la boue de la Terre. Hester, elle, est plus combattante, ses parents ont été assassinés sous ses yeux, et une coup de sabre lui a massacré le visage. Son enfance a commencé dans le sang, puis au contact d’une machine incapable d’éprouver des émotions avec un maître mot dans la bouche : vengeance. D’une nature revêche et indépendante elle devra se faire à la présence de Tom mais aussi réapprendre à s’écouter.

Outre ces deux personnages on en croise aussi beaucoup d’autres qui symbolisent presque tous un point particulier de leur personnalité ce que j’ai trouvé parfois un peu dommage mais qui n’est pas dérangeant dans la lecture. Les femmes y ont une place très importante, puisque chaque personnage féminin a un rôle capital dans l’intrigue : Hester Shaw, bien sûr, mais aussi sa mère, Pandora, qui a découvert une technologie Pré-Tech à la puissance inégalée, Katherine, la fille de Taddeus Valentine, qui fera tout pour déjouer les monstruosités prévues par Londres et son maire, Fleur du Vent, Fang, dont les dents rouges ne dévoilent rien de ses secrets, appartenant à la Ligue Anti-Mouvement et étant une grande combattante, etc., etc. Des personnages forts au caractère bien trempé que j’ai grandement appréciés.

Pour autant, Mécaniques fatales n’est pas exempt de défaut. Pour un premier tome, j’ai parfois trouvé qu’il manquait de profondeur. On suit énormément de péripéties différentes, les actions vont bon train et on ne voit guère les pages défiler, mais on manque parfois de réalisme dans les réactions des personnages à cause de ce manque de retenu, d’analyse, et d’introspection. La plume manque également d’un peu de finesse et de souplesse, on reste dans quelque chose d’assez basique malgré les nombreux clins d’œil et références à d’autres œuvres littéraire et cinématographiques. Sans parler forcément de poésie (parce que tout le monde sait que j’adore les plumes poétiques), il me manquait un je ne sais quoi de plus tangible, de plus épique pour me la rendre addictive.

Ce premier tome pose également énormément de questions, interrogeant son lecteur sur l’immobilisme, la sédentarisation, l’esclavage, mais aussi la politique, les technologies de destruction massive, la nature, la vengeance…et bien sûr, l’ultime interrogation, qui a tort : celui qui fait de mauvaises choses pour de bonnes raisons, ou celui qui fait de bonnes choses pour de mauvaises raisons ?

Identifié comme « jeunesse » par Gallimard, Mortal Engines est toutefois relativement violent autant dans ses propos que dans ses actions, notamment la seconde partie du roman qui étale allègrement une bonne dose de cadavres enchaînant les batailles mortelles et les accidents malheureux. A ne pas mettre entre toutes les mains mais plutôt dès 14 ans selon moi 🙂

En résumé

Mécaniques Fatales est un premier tome à l’univers extrêmement développé et passionnant. Des locomopoles et leurs rouages à Port-Céleste et leurs dirigeables, Philip Reeve nous entraîne dans un territoire hostile et dangereux où les villes sont aussi affamées que les hommes et où nos deux héros vont devoir apprendre à démêler le vrai du faux pour réussir à sauver leur peau. Servi par une plume assez classique, le roman n’en est pas moins explosif et repose l’éternelle question du mouvement ou de l’immobilisme.

Et si vous voulez un petit aperçu de l’univers extraordinaire dans lequel vous allez plonger, c’est par ici :

3 commentaires sur “Mortal Engines tome 1 : Mécaniques fatales de Philip Reeve

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  1. Merci pour cette chronique. 🙂
    N’ayant vu que le film, je me demandais si ce dernier respecte bien le roman, l’intrigue, le traitement des personnages… Et est-ce qu’on a plus d’informations sur le fonctionnement des cités ? Je trouvais que ça manquait un peu dans le film.

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    1. Je dirais qu’il en respecte une partie notamment tout ce qui se passe sur Londres au début du film. Par contre il a omis pas mal d’aventures mais qui ne sont en soit pas essentielles donc de ce point de vue là je trouve que ça respecte pas mal l’intrigue. Par contre certains points sont un peu occultés notamment le personnage de Tom qui est vraiment bênet dans le film (j’ai trouvé) et le personnage de Katherine la fille de Valentine qui fait énormément de choses dans le bouquin et beaucoup moins dans le film. Globalement il a cependant respecté l’esprit des personnages…sauf celui du grand mechant qui est beaucoup plus complexe dans le livre et moins manichéen.

      Au niveau du fonctionnement des villes on en apprend un tout petit peu plus avec un passage dans les entrailles et on a davantage conscience des jeux de pouvoirs et des strates de la société mais pas forcément du point de vue technique. Ce sont juste des villes hissées sur des roues et châssis tu dois le prendre comme c’est. Mais l’univers paraît beaucoup beaucoup plus vaste dans le bouquin et les quatre tomes promettent une belle déclinaison de possibilités ☺️

      ah et la fin est complètement différente. Très américaine dans le film finalement avec un happy end tout ça 😅
      J’espère avoir répondu à tes questions 😉

      Aimé par 1 personne

      1. Merci, pour cette réponse très complète. 🙂 Cela confirme mon impression, le livre doit effectivement être plus complexe que le film (surtout la fin, oui, c’était vraiment… enfin bref, comme tu dis, c’est Hollywood ^^).

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