Memory de Christine Féret-Fleury

Dernier service de presse des éditions Lynks dans ma bibliothèque (j’attends le prochain avec une grande impatience) et quel bonheur de patienter avec un bijou pareil ! Memory est un roman court mais d’une telle poésie…

Résumé éditeur

Le vent s’est levé. Il siffle autour des murs, fait trembler la vitre couverte de sel et de chiures de mouches. Je claque des dents. Je regarde autour de moi. Je dois emporter de quoi manger pendant quelques jours. De quoi faire du feu, car les grandes marées ont commencé, les vagues battent le pied du Phare, obstinées, hargneuses. Il va faire plus froid, et les pluies vont balayer les terres.

Si je dois mourir, je préfère que ce soit dehors. Je voudrais savoir ce qu’il y a, là-bas, derrière la ligne des collines qui protège le port. Là où je ne suis jamais allée.

Mon avis

Memory débute sur une menace imperceptible. « Ils reviendront ». Et puis les vagues qui viennent heurter le Phare et qui semblent avoir ravagé le monde de Mem. On le sent d’emblée, tout comme la couverture, aqueuse, avec ses algues menaçantes, ce roman ne sera pas joyeux et lumineux, doux au toucher, tel un petit bonbon kréma. Non il sera fort. Poétique. Tout en nuances de liberté et de mots. Un roman comme je les aime.

Mem est une adolescente petite et chétive. Craintive aussi. Elle ploie sous les coups de son frère, Samuel et sous le regard de Joris. Elle rêve d’une ombre qui viendrait la réconforter. Imagine un monde où elle pourrait s’évader. Peu de mots pour s’exprimer. Les choses interdites sous la poigne du Protecteur le sont restés : les objets anciens, la musique, le chant, les livres.

« C’est pour ton bien, il a dit. Ces mots-là te feront du mal. Oublie. Je ne veux pas oublier. Rêve. Rêve. Souvent, dans mon lit, je répète le mot à voix basse. Si je ne le fais pas, je sais qu’il partira, comme les autres. Très vite. Qu’il ne reviendra pas.

Et que j’aurais un peu plus froid ».

Et puis un jour, « ils » reviennent. Saccagent tout. Et lui ouvrent une porte. Une porte de sortie ou d’entrée vers un monde, un inconnu, tout ce qu’elle n’avait plus le droit de toucher, recluse dans un donjon, sans la tenue de princesse. Oui, Christine Féret Fleury reprend à la perfection le schéma narratif typique des romans d’aventure avec son élément déclencheur pas d’originalité de ce côté-ci mais une maîtrise de son scénario et de son écriture à couper le souffle. Alors Mem part, en quête d’un rêve, et croise la route de Calypse, du groupe de femme et de l’île. Trois temporalités différentes, trois avancées dans cette odyssée solitaire et surtout, un peu d’espoir pour remplir ce vide ancré au fond de son cœur.

« Je suis en colère. Je cogne ma tête contre le parapet du phare, ma tête vide, j’ai mal, mais cette douleur-là cessera, alors que l’autre, jamais. J’ai mal de ce vide. J’ai mal à l’intérieur de moi, c’est comme la faim, l’oubli est une bête qui me ronge, sans arrêt. Quand elle aura tout dévoré, que restera t-il ? »

Le roman est rude. Dur. Cru parfois. Les mots manquent dans les premières pages pour décrire ce qu’elle ressent, héritage d’une dictature totalitaire ayant aboli les mots. Et puis, à la lecture de l’Odyssée les mots reviennent. Et avec eux la douceur, la tendresse. Un peu de chaleur humaine.

« Et ce baiser, comme un coup particulièrement violent, a fait venir mes larmes. Je n’aurais jamais pensé, avant, qu’on pouvait pleurer de trop de douceur ».

Ce roman m’a émue. Je ne saurais trop vous dire pourquoi. Pour cette écriture en dentelle, aux multiples facettes qui m’a souvent chamboulée par ses phrases incisives. Pour cet hommage aussi, aux mots, aux femmes, aux livres. A toutes ces choses que j’affectionne tant et dont finalement j’oublie parfois la beauté. J’oublie qu’ils m’ont sauvée en quelque sorte. Et Memory me l’a rappelé. Et je trouve ça très beau.

En résumé

Memory est un roman coup de cœur aux multiples messages qui touche et émeut avec son peu de mot. Avec ses quelques 189 pages, il m’aura fait vibrer au rythme d’un pas régulier, d’un radeau sur un fleuve tranquille, dans un phare ou dans une grotte, avec l’espoir ferré au cœur. Et il vient confirmer à nouveau le talent de dénicheuse de cette maison d’édition et le talent remarquable de ses auteurs.

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