Le tropique des serpents de Marie Brennan

Le tropique des serpents est le second volet des Mémoires par Lady Trent édité aux éditions L’Atalante. Si vous n’avez pas lu le premier tome et que vous n’avez pas envie de vous spoiler je vous conseille de lire ma chronique ici. Pour les autres voici la restitution de ma folle aventure en compagnie d’Isabelle Trent, naturaliste de renom.

Mon résumé

Trois ans après les aventures nous ayant conduit en Vystranie, Madame Camherst compte bien repartir une nouvelle fois à la poursuite des dragons, mais cette fois-ci en Erégie en proie aux conflits armés. Faisant fi des conventions et des rumeurs qui courent déjà sur sa santé mentale, elle abandonne son fils aux soins de son beau-frère et embarque, direction le Bayembé. Là bas, la chaleur y est insupportable mais entre désert et forêt tropicale plusieurs espèces de dragons semblent s’y cacher. Pourtant Isabelle devra affronter bien plus qu’une chaleur écrasante ou des maladies du désert, là bas, entre politique et mysticisme, c’est sa propre conscience qu’elle devra apaiser.

Mon avis

Ce second opus est long à démarrer. Les soixante premières pages s’attachent à nous présenter les préparatifs du voyage avec notamment les déboires de Mademoiselle Oscott à qui l’on refuse le départ, arguant qu’elle finira vieille fille avant de pouvoir revenir. Certes, mais la jeune Nathalie n’aspire pas vraiment à se rapprocher des jeunes hommes qu’elle peut trouver intéressants mais pour lesquels elle n’éprouve aucun désir. On peut y voir là les prémices de la libération de la femme déjà bien amorcée dans le premier volet mais un peu plus approfondi dans celui-ci.

Pour aucune de ces choses. J’apprécie l’amitié des hommes, bien entendu. Mais l’accouchement est dangereux, la maternité me prendrait trop de temps et je n’éprouve aucun intérêt pour la, euh, l’activité elle-même. Que me reste t-il ?

L’époque semi victorienne obligeant, les femmes sont encore considérées comme rattachées à leur mari et il est rare qu’une femme puisse se targuer d’être « scientifique ». C’est en grande partie ce que j’apprécie dans les Mémoires par Lady Trent, sans forcément nous rabattre les oreilles à grands coups de féminisme, y allant de morale en morale, Marie Brennan se contente de montrer la manière dont Isabelle Trent et Nathalie Oscott se débattent avec leur société pour pouvoir exercer leur passion. Pas de discours grandiloquents mais plutôt des réflexions et des obstacles à franchir. Outre ces soixante premières pages en Scirland c’est vers le premier tiers du roman que nous apercevons enfin notre premier dragon en Erégie. Je dis enfin parce qu’indéniablement l’empressement d’Isabelle déteint sur son lecteur !

Si on compare ce second volet avec le premier je dirais que celui-ci s’est davantage attaché à nous parler de la région dans laquelle cette expédition évolue plutôt que son personnage, Lady Trent, même si on le verra évoluer d’une manière spectaculaire. Chaleur écrasante et sèche du désert, la moiteur tropicale de la forêt, tout cela pèse autant sur le lecteur que sur les personnages que l’on suit difficilement dans leur périple. Les coutumes, personnages et paysages oscillent entre Afrique et Amazonie et on en apprend énormément (parfois trop) sur les autochtones. Pourquoi « trop » ? Parce que le point de vue de naturaliste d’Isabelle nous pousse à tout observer, tout comprendre, tout décrypter et cela rend le roman très dense à lire. Associez cela avec un vocabulaire soutenu et il m’a été difficile de le lire aussi rapidement que mes autres lectures. Non pas que ce soit négatif mais la lecture est d’autant plus laborieuse que le roman donne l’impression de ne pas avancer.

D’ailleurs c’est vraiment dans le dernier tiers que l’aventure s’accélère et dans les dernières pages que nous obtenons le fin mot de l’histoire. Bien que l’esprit aiguisé d’Isabelle Trent, ses piques, et les recherches sur les dragons soient passionnantes et donnent toute sa beauté au récit, je ne peux m’empêcher de penser que les fins proposées sont trop rapides. D’autant plus que dans ce second tome nous avons une intrigue politique plus forte que dans le premier, et, en étant une grande fan de ces intrigues en fantasy, je ne peux m’empêcher d’être un poil déçue…

Autre point déstabilisant c’est le peu de profondeur et de place que Marie Brennan laisse à ses personnages secondaires. Bien que Nathalie Oscott prenne un peu plus d’espace que d’autres, on reste très en surface autant dans sa relation avec Isabelle que dans ses émotions. Cela tient sans nul doute au format des « Mémoires » choisi par l’autrice.

En résumé

Malgré quelques aspects en demi teinte, Marie Brennan continue sur sa lancée en nous dépeignant les aventures palpitantes et dragonesques d’Isabelle Trent. Ses réflexions, pleines de mordant et de sollicitude pour la jeune naturaliste qu’elle était, sont très plaisantes à lire et ses quelques saillies ironiques sont à mourir de rire. La qualité de l’écriture en fait un roman d’une extrême précision et promet une pentalogie extraordinaire entre voyage et naturalisme où dragons et politiques semblent aller de concert. Pour ce second tome c’est principalement son escapade en terre Moulienne, où vairs des marais, sangsues et coutumes ancestrales font partie du décor, qui m’a enchantée.

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