L’été où j’ai vu le tueur de Claire Gratias

Un petit nouveau dans la collection doado noir m’a fait frissonner ce soir ! Je l’ai refermé avec le cœur en boum-boum-boum et pour un temps j’en ai oublié que j’étais confortablement installée dans un lit, plaid sur les genoux et grande lumière.

Mon résumé

Hugo a toujours été le garçon un peu invisible, effacé, celui qu’on oublie. Et cet été ne sera pas différent des autres…à moins que. Tout commence avec La Porte de l’Enfer et tout pourrait bien se terminer par là. Adepte des gros thrillers, des romans d’épouvante en tous genres, habitant une ancienne base de Templiers, rien n’est plus propice à l’imagination fertile d’un enfant qui s’ennuie. Imagination ? Peut-être… Mais quand un Serial dog killer sévit dans le petit bled de Saint-Hilaire, Hugo est bien décidé à mener l’enquête…et à y risquer sa peau !

Mon avis

Parfois ce sont les histoires les plus simples les meilleures. Et je pèse mes mots. L’été où j’ai vu le tueur n’a rien d’un gros thriller aux détails hasardeux ou aux complots gigantesques. Il ressemble davantage aux romans que je pouvais lire adolescente…et j’ai adoré cette plongée !

Le roman s’ouvre sur une scène de crime. Le tueur pensait que personne ne l’avait vu mais quelqu’un était là, caché derrière les arbres, pleurant derrière les grenouilles. Le corps est tombé dans la rivière et l’histoire devait être dite, une fois, peut-être. Une ambiance glauque qui vient en contrepoint du soleil caniculaire de Saint-Hilaire sous lequel Hugo s’apprête à vivre un été inoubliable. Alors que le jeune garçon cherche à impressionner Vadim, un « ami » qui ne l’a jamais vraiment regarder, de drôles de choses se passent dans le village. Les chiens meurent. Les uns après les autres. Serait-ce les relents du Puits de l’Enfer caché dans sa cave ? Ou les histoires qu’il s’invente ?

« La lampe était là. J’ai vérifié qu’elle fonctionnait avant de quitter la pièce. Au moment où je m’apprêtais à repartir, mon regard s’est arrêté sur les couteaux de cuisine alignés sur la barre aimantée, à droite de la gazinière. Une pensée idiote m’a traversé. […] La lumière de la cave s’est éteinte, me plongeant dans des ténèbres épaisses et glacées. J’ai lâche ma lampe en poussant un cri. »

Avec brio l’autrice fait monter la pression : les objets ne semblent plus ce qu’ils paraissent, les habitants semblent cacher de lourds secrets, et à la faveur de la nuit des choses sont enfouies dans le sol. Le diable semble se cacher derrière tous les coins et l’enfer s’être déchaîné. Au delà de cette enquête menée tambour battant sous fond d’enquêtes adolescentes, Là où j’ai vu le tueur ne fait pas défaut à la collection doado des éditions du rouergue et s’attarde aussi sur les aspects les plus sombres de l’adolescence.

Sans toujours tout expliciter il y a une volonté de Claire Gratias de montrer la pluralité de visions de l’adolescence : les façons dont on l’a vit sont toutes différentes, extrêmes, complexes. Hugo ne souhaite que grandir et recevoir la reconnaissance de ses pairs, être autre chose que celui qui aide, ou qui sert, autre chose qu’un fantôme ou qu’une chose invisible. C’est un trait qu’il partage avec Rémi alors que tous les deux admirent Vadim, plus grand, plus fort, plus stable. Pourtant derrière sa façade à lui il y a une sorte de colère, de frustration aussi et lorsqu’il dit à Hugo que son vœu le plus cher est de partir loin de son père il y a là un aveu de fragilité de sa part. Et puis il y a le personnage du tueur lui même. Traumatisme ? Folie ? Encore des choses qui remontent à l’enfance et qui se gravent à tout jamais.

Sans forcément trop vous en dévoiler on trouve également d’autres thématiques brillamment amenées dans ce roman angoissant : la rumeur, les histoires, la peur, le rapport à la mort, à la lecture…

« Avec le recul, je me rends compte à quel point on est impressionnable quand on est jeune. Avec quelle facilité on s’emballe, inventant toute une histoire à partir de presque rien. Avec quelle rapidité on se révèle prêt à remettre en cause ce sur quoi est bâti notre univers, n’hésitant pas à en ébranler les fondements mêmes. Il arrive toutefois qu’on ait vu juste. Cela se produit rarement, mais c’est une éventualité à ne jamais écarter totalement. »

Par un agréable jeu de flash back l’autrice oscille entre différents langages qui permettent aux lecteurs de se glisser facilement dans la peau de son personnage ce que j’ai trouvé très ingénieux. Là où on peut retrouver le langage direct, un peu insolent ou impoli d’un adolescent de treize ans, on se confronte également aux pensées de l’adulte qu’il est devenu, marqué par cette histoire. Cette position entre deux se révèle parfaite pour ce roman et m’a d’autant plus fait apprécier la plume de Claire Gratias que je ne connaissais pas auparavant.

En résumé

L’été où j’ai vu le tueur présente une intrigue aux allures simples mais qui mêlent des questions extrêmement complexes que sont celles de l’adolescence et de la construction de soi. Avec une plume exquise et une précision chirurgicale Claire Gratias fait monter la pression petit à petit…jusqu’à nous faire croire à tout un tas d’histoires abracadabrantes. Tenez-vous bien mes ami.e.s il est certain que cet été vous verrez..le tueur.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :