L’Envolée des Enges de Claire Krust

Je prends enfin le temps de me poser pour lire ce premier tome d’un diptyque paru aux éditions ActuSF pour leur rentrée littéraire de l’imaginaire. Un service de presse que je les remercie de m’avoir envoyé malgré le temps certain que j’ai mis à le lire. 

Résumé éditeur

Depuis des décennies, les Enges vivent en paix en haut de leur pilier, en totale communion avec le vent, exilés du reste du monde dont ils n’ont que faire. L’Envolée est proche, ce rite qui leur permet d’acquérir leurs ailes d’or et de s’élancer vers les cieux. Mais le coeur de Céléno n’est pas à la fête. Rejetée par ses pairs, privée de ce droit, elle est sur le point d’assister au départ de l’homme qu’elle aime en secret. C’est alors que l’impensable se produit. Les hommes, ces êtres qu’ils ne connaissent que dans les légendes, surgissent et mettent leur pilier à feu et à sang.

Précipitée sur la terre ferme, parachutée dans un monde qu’elle ne comprend pas et qui veut sa mort, Céléno est sauvée in extremis par Sujin l’Être de l’eau. Ensemble, ils vont remonter les traces des derniers Enges captifs et tenter de les libérer. Mais que peuvent deux parias contre la folie des hommes ?

Mon avis

L’Envolée des Enges est un roman assez compliqué à suivre mais non exempt d’une certaine forme de poésie ou d’imagination. J’y ai vu une certaine forme de respiration, un souffle, qui commençait à me manquer dans la fantasy habituelle aux univers parfois si étendus que l’on s’y perd.

Nous commençons ce premier tome dans un univers coloré, tendre, lumineux aux côtés des Enges, une des espèces peuplant ce monde et un des enfants d’Hélias. Là haut, sur leur pilier inatteignable, les brises portent des messages, de l’amour et des noms, des mots et des visages. Il y a quelque chose de l’ordre de la magie et de la douceur, même si l’on ressent une certaine amertume chez certains personnages. Vivre dans un monde trop blanc peut parfois cacher des blessures bien plus grandes. Claire Krust tisse une toile à l’intérieur desquels quelques personnages vont évoluer, y instillant de menus détails faisant toute la différence notamment avec la création des toiles menant les Enges vers l’Envolée. Sans trop vous en révéler, dès les premières pages, l’autrice nous laisse voir un monde loin d’être rose, des aigreurs et des angoisses qui secouent les cimes des arbres… et qui poussent des hommes à gravir le pilier et à commettre le plus ignoble des génocides. Le sang ce répand sur cette terre sacrée, au moment de l’Envolée et au moment où Céléno voit son monde prendre fin elle saute et prend des ailes qui ne sont pas les siennes.

S’en suit à partir de là une course contre la montre pour sauver celles et ceux qui l’ont toujours rejetée afin de les faire échapper à la folie meurtrière des hommes. Pourtant, dans ce monde en noir et blanc, l’autrice arrive à nous faire comprendre que le manichéisme n’existe pas et chaque personnage pâtira de ses bonnes intentions. Sujin, un enfant d’Hélias, un Être de l’Eau, en manipulant une personne pour sauver les Enges, lui causera une grande douleur. Céléno, aveuglée par sa rage et sa douleur se perdra un peu plus dans le noir. Arhan, un être mythique aux yeux multicolores vendra les siens pour recouvrer la liberté. Et le Raniarque ? Pourquoi avoir assassiner tous ces Enges ? Pour quel mérite ? Dans quel but ? Seule l’histoire pourra vous le révéler je n’en dirais mot.

A travers des personnages pluriels, dont on ne sait finalement que peu de choses en dehors de leur désir de vengeance, Claire Krust dépeint une société où l’individualisme et l’égocentrisme sont des maître mots et mènent systématiquement à l’isolement, la jalousie puis la haine. Chacun s’enferme dans une histoire qu’il est seul à connaître et comprendre et nul ne peut les en faire sortir. Sombre, terrifiant, certaines scènes apparaissent comme insoutenables à l’imagination entre massacre, torture et morts. La scène finale, s’achevant dans un long cri, ne nous laisse rien présager de bon. Sans aller jusqu’à l’évidence, de nombreux points se reflètent dans notre réalité : l’intolérance, les parias, l’esclavage… Voire même cette ère pré-industrielle qui pousse les hommes aux pires sacrifices. Il y a aussi une forme de revanche des hommes à qui on a tout prix et qui ont enfin l’occasion de prouver que les Enges, qu’ils tiennent pour responsable d’une cataclysme ayant entraîné leur isolement et des famines, ne sont pas des êtres tout puissants au dessus de tout.

« – Ça t’amuse ? Les tiens sont morts, emprisonnés et ça t’amuses?
– Il aurait suffi, petite sœur, que vous jetiez un œil en bas.
Sa voix, douce, traînante, avait la consonance de celle d’un serpent, sifflante et venimeuse.
– Tu m’as vu, toi aussi, baisser les yeux, reprit-il, alors pourquoi est-ce que tu ne l’as pas fait ?
– Il n’y avait rien à voir, protesta t-elle.
– Si les Enges comme toi avaient fait l’effort de regarder autour d’eux, de prendre en compte le reste du monde au lieu de se focaliser sur leur petite personnes, ils auraient remarqué les hommes et ils auraient pu réagir. Moi, personne ne m’aurait écoute, tu le sais très bien. »

La fin du roman s’achève sur quelques réponses et laisse des questions ouvertes, plusieurs personnages résonnent d’un passé obscur tandis que d’autres semblent plonger tout droit vers les ténèbres. J’attends que la lumière revienne mais ne peut m’empêcher de croire que c’est sa noirceur qui fait la beauté de L’Envolée des Enges.

En résumé

J’ai beaucoup aimé ce premier tome qui bien que parfois chaotique, superficiel sur certains passages, m’a transportée dans un monde différent, parallèle aux nôtres, fait d’ombre et de lumière. Les dernières lignes du roman et son épilogue nous laissent entendre un second tome encore plus terrible et prenant que le premier, et j’ai hâte de lire la suite !

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