Héros de Benoît Minville : premier coup de coeur de l’année

Et oui entre deux révisions de politique d’investissement -vive les chiffres- je me suis plongée avec un plaisir mal dissimulé dans Héros de Benoît Minville, premier tome d’un diptyque qui s’annonce…apocalyptique.

Résumé éditeur

Ils grandissent au pied du Morvan, entre ville et village. Matéo, diamant à l’oreille, Richard, la tête rentrée dans les épaules, et l’inénarrable, insupportable, inarrêtable José. Leur passion : la légendaire BD « Héros », dont ils attendent chaque moi le nouveau numéro. Leur rêve : publier leur propre série, inspirée de cet univers fascinant et occulte. Après tout, la saga a bien été créée dans leur région, alors… pourquoi pas eux ?

Mais un soir, tandis qu’ils planchent dans leur repaire, un homme apparaît comme par magie, blessé à mort ; juste avant de s’effondrer, il tend à Richard une étrange fiole…

Mon avis

Tout commence avec trois amis très différents les uns des autres unis par un lien indéfectible : l’amitié et Héros la BD dont ils dégustent tous les tomes. Matéo est un beau gosse, dessinateur hors pair à la patte imprégnée de Valognes et Costa, les deux créateurs de Héros ; Richard, lui, ce sont les idées, le scénario, et le repli sur soi propre à ceux ayant perdu un proche ; José, enfin, c’est le personnage que j’ai adoré…détester : grossier, aucun réel talent, proche du complotisme. A eux trois, ils veulent créer leur propre bande dessinée Héritier (ou Legacy José soutient que ce serait quand même beaucoup plus marketing) inspiré de l’univers qui les a bercé, sorti de la galère, tenu ensemble comme un bateau chavirant en pleine mer. Ils en sont encore à plancher sur les dernières pages lorsqu’un homme débarque, en sang, dans leur QG pour tendre à Richard une fiole gorgée d’un liquide sanguin, avec un seul mot d’ordre : « fuis ». Le lendemain, José et Matéo n’en ont plus aucun souvenir et Richard se réveille avec un pouvoir hors du commun. Le destin de trois adolescents de 15 ans d’un petit village de Bourgogne vient de prendre un tournant spectaculaire, des monstres tentaculaires vont bientôt envahir le ciel, des tempêtes ravagent la plaine et les ombres sont encore plus denses…

« – Tu crois pas qu’il y a plus important que cette soirée toute naze? On est à l’aube du Réveil d’une créature divine extraterrestre qui ère probablement sur un autre plan interdimensionnel et toi, tu veux juste danser sur du R’n’B de merde avec des boloss et boire du rhum-orange, tout ça sous le toit d’un membre de la secte millénariste qu’on est censés affronter, alors qu’en plus, une tempête de dingue arrive… ça me rappelle ta lubie pour les yaourts : ton fabuleux sens des priorités. »

Ce qu’il y a d’extraordinaire dans ce roman c’est cette espèce de frénésie avec laquelle Benoît Minville nous entraîne, il n’y a rien de meilleur que de sentir que l’auteur s’est éclaté derrière ses pages. Bourré de rebondissement Héros se lit comme un comic à la X-MEN ou MARVEL avec des héros qui se découvrent du jour au lendemain un pouvoir hors du commun (Superman), des cauchemars plein la tête (Strangers Things) et d’autres choses pas super super cool à la Lovecraft, Gaiman et d’autres pointures. Avec une écriture aussi cinématographique il est difficile de ne pas voir les images derrière les mots, (oserais-je dire les cases ? oui !) et il est clair, Monsieur Minville, que le pari d’écrire plutôt que de décrire est tenu (La Grande Librairie, décembre 2018). Si certain.e.s l’ont lu vous retrouverez aussi sans doute un peu de The Unwritten de Mike Carey et Peter Gross pour ce parallèle entre la fiction et la réalité et cet aller-retour incessant qu’opère Benoît Minville.

Empruntant clairement aux mythes Lovecraftien, ces derniers faisant partie intégrante du roman à bien des égards (bonjour le Necronomicon), Howard P. devenant même un des personnages de l’histoire, on ne peut reprocher à Héros d’avoir puisé dans ses ombres tentaculaires… (Cthulhu, il me semble que Kraalnazgarath souhaite te faire de l’ombre, ou au moins t’égaler…pardon mais c’est réussi ^^ Au moins son nom est imprononçable, rassure toi).

« Une goutte tomba sur son front, puis deux. Encore une saloperie de fuite dans le toit de cette baraque pourrie. Il ouvrit les yeux – sa vision était floue à cause de la pression que son bras avait exercée sur ses paupières. Mais il vit cette chose. Une indescriptible abomination, qui occupait tout le plafond de sa chambre. Un être qui n’avait plus rien d’humain, dont les bras étaient des liasses de tentacules écœurants […] Un liquide vaporeux émergea enfin du fond de cette gueule répugnante et se mit à flotter vers lui, prisonnier qui voyait disparaître ses dernières attaches avec le monde rationnel, misérable proie dont la santé mentale s’effondrait. Les larmes dévalèrent ses joues en silence quand le liquide le pénétra par la bouche et les narines »

Pourtant, si certain.e.s d’entre vous pourraient craindre une overdose de magie, d’action, de sang, de tentacules et toutes ces choses qui appartiennent aux 80′ sachez qu’il est aussi ici question de tendresse, d’amitié, d’amour, de famille et j’en passe. D’ailleurs les disputes entre les trois comparses, la vie de famille de José ou celle plus compliquée de Richard font partie de mes moments préférés du roman. Parce que l’auteur n’oublie jamais que ce ne sont que des adolescents de 15 ans et qu’à cet âge, dans cette région là, fortement touchée par le chômage et la précarité, dans ces périphéries un peu oubliées des romans, on a déjà une dizaine de préoccupations dans la tête, à commencer par le lien familial qui est très exploité : des pères patauds à qui on ne sait pas trop parler, d’autres qu’on doit aider à faire rentrer de l’argent dans le foyer, d’autres encore alcooliques, désespérés ; une petite soeur à protéger, une autre complicité ; des mères fortes à admirer…

Ces petites touches du quotidien sont formidables de réalisme, tendres, touchantes ou embarrassantes, elles amènent une véritable bulle d’air frais dans ce roman sous adrénaline.

« Ce moment était pour eux, à jamais : quelques minutes pendant lesquelles il allait demeurer l’unique témoin de la plus grande conquête du monde. Il lui avait tendu ses bras, elle avait gloussé et, d’une démarche fière et maladroite, avait franchi la menue distance qui les séparait l’un de l’autre »

En résumé

Il n’y a pas à dire, il y a dans ce roman tous les ingrédients, du page turner à la fresque familiale, du fantastique à l’horreur, du comicbook des 80′ à la réalité intemporelle des périphéries françaises, de la tendresse à la fuite, pour en faire un de mes premiers coups de coeur de 2019. Merci aux éditions Sarbacane de toujours éditer des pépites qui m’en mettent plein les yeux et merci à Benoît Minville pour cette bulle, horrifique, fantastique, cthulhuesque dans mes révisions de partiel !

 

 

3 commentaires sur “Héros de Benoît Minville : premier coup de coeur de l’année

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