A cœurs battants de Charlotte Bousquet : coup de cœur

Je vais tomber amoureuse de cette autrice, de sa plume, de ses passions, de ses idéaux si ça continue… Après Celle qui venait des plaines pour Bloggers’, mon énorme coup de coeur pour L’Archipel des Numinées ou encore mon émerveillement pour ShârhaA cœurs battants, son premier roman pour la collection ECHOS fait partie de la fresque remarquable que Charlotte Bousquet esquisse avec brio.

Mon résumé

Depuis les attentats du Bataclan, il règne un climat de tension poisseux et dense dans toute la France. Quelques mois après, des manifestations éclatent un peu partout pour la liberté d’expression, de manifester, pour défendre les droits des citoyens, et puis pour l’écologie, pour la planète, pour l’amélioration de vie des précaires, finalement pour ce slogan que l’on revendique et qui n’est plus jamais appliqué : Liberté, Égalité, Fraternité.

Dans ce maelstrom, cinq personnages et tant d’autres se retrouvent embarquer : Samia, de la chaîne Youtube « Samia s’énerve…ou pas ! » venue prendre le pouls de ces manifestations, Harley, JB et Apolline, trois amis adolescents qui ont bien envie d’ajouter leur pierre à l’édifice et Aurélien et son chien, Falkor, par hasard, homme de la rue.

Un cri. Une bannière à terre. Une insulte. Des vitrines brisées. Les CRS avancent et la tourmente commence. Pris dans cette tourmente insupportable, les cinq personnages, héros d’un soir, témoins épouvantés, fracassés dans une ruelle, vont vivre une nuit insupportable.

Mon avis

A cœurs battants c’est un roman que je mettrais dans la même veine que Shorba, l’appel de la révolte des sortes de livres-témoins qui racontent une époque, dénoncent, appellent, et te heurtent indéniablement, avec leurs vérités. Entre mars et juillet j’étais à Nantes, la tension je la connais. Marcher au ras des murs pour pouvoir s’enfuir par une ruelle si jamais ça dégénère, je l’ai fait. Je ne manifestais pas, je n’étais pas là pour ça, j’étais en stage, pas vraiment le moment de se faire casser la gueule. Mais quand les CRS ont foncé sur la terrasse d’un restaurant pour faire taire un groupe d’individus les apostrophant… moi j’étais là. A trois pas. A les regarder. Ces deux groupes comme des chiens. La rage appelle la rage.

En quelques 191 pages, Charlotte m’a fait vivre une manifestation de l’intérieur, un petit enfer où les hommes s’arrachent entre eux sans comprendre qu’ils sont tous victimes du jeu des « Injustes », sans comprendre que certains se retrouvent pris dans la tourmente par hasard. Et qu’ils heurtent. Blessent. Tuent dans la nuit. Dans un rythme haletant et cinématographique, alternant les points de vue très rapidement, l’autrice nous pousse à entendre une vérité qui secrètement nous dépasse.

Chaque personnage retrouve une identité : Aurélien, le punk à chien qui n’est pas là parce qu’il « n’a rien d’autre à foutre » mais bien parce que sa vie ressemble à une escalade de violence, de coups tordus, foireux, qui sentent le poids rance de la société malade ; JB, Jean-Baptiste, intelligent, petit premier de la classe, impressionné par son père, amoureux d’Apolline ; Apolline, dite Polly, discrète, frivole, c’est elle qui a décidé de les emmener à cette manif’ JB et son frère, elle a peur des hôpitaux, on y va pour mourir ; Harvey, son frère, homosexuel accepté par sa famille mais dont le coeur reste meurtri de paroles en l’air ; Samia, survivante du Bataclan dont les souvenirs resurgissent dans cette nuit sombre.

Une pluralité de personnages et il est si facile de s’attacher, de s’identifier ou d’identifier d’autres personnes. Comme ce groupe de punks à chiens devant lesquels je passais tous les jours à Nantes, de temps en temps une pièce, un billet, un gâteau. Les sourires partagés. Un paquet de biscuit partagé à la gare avec deux d’entre eux. Je deviens dépositaire d’une histoire. Et puis la police qui les dégage. Le sixième personnage. Celui-ci je l’ai adoré.

Charlotte Bousquet ne fait pas une accusation sans foi ni loi de la police, des CRS, elle raconte des faits, connus, réels. Elle n’oublie pas non plus de conter la journée de ce policier qui se retrouve à se battre pour libérer des jeunes de cellules de dégrisements. Pour cinq gars louches, il faut en relâcher vingt. Blagueur, sourire facile. Son sourire tombe lorsqu’il lit le journal syndical : réduction du budget, du personnel, des gars bien qui se flinguent. Alors c’est dans les manifestations que les tensions se relâchent. Les manif’ sont le témoin impuissant et révélateur d’une société en mal de vivre.

Le roman se finit en demie-teinte. Heurtés dans leur vision du monde. Blessés dans leur âme. Les trois adolescents comptent bien y retourner, se battre, même si c’est contre le monde. Samia poste sa vidéo, passe un appel à témoin. Il faut que les gens parlent, que tout se délie. Aurélien, lui, est parti. Falkor reste dans les bras de Polly. Un nouveau membre de la famille qu’il faut chérir.

En résumé

J’aime tout de ce roman, du début jusqu’à la fin. De ce qu’il dit. De ce qu’il tait et qu’il dit entre les lignes. J’aime ses personnages et son rythme, saccadé, haletant, une course poursuite de chapitres en chapitres. C’est un roman-témoin, un roman nécessaire, quelque chose qui te heurte, te blesse, te fait pleurer. La tension est là, partout, même dans tes épaules, tes doigts, tes jambes. L’autrice la pointe du doigt et dans ton cœur, un vent de révolte.

 

 

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