Happa No Ko de Karin Serres : une fable écologiste et poétique

Je reviens enfin avec une nouvelle chronique après quelques jours d’absence. Je suis en effet sur le salon Les Utopiales à Nantes et les deux premiers jours d’installation ont été assez éprouvants… Enfin bref ! Me voici donc avec « Happa no Ko, le peuple des feuilles » de Karin Serres aux éditions du Rouergue jeunesse. Un roman court dans leur collection « Epik » que j’ai beaucoup beaucoup aimé.

Mon résumé

Les happa no ko ont toujours vécu en harmonie avec les humains, apparaissant à ceux qu’ils jugeaient dignes, par jeu ou par malice. Ces êtres d’énergie pure forment un peuple vivant unique et méconnu. Est pourtant arrivé l’ère de la technologie, des machines et de la consommation et petit à petit les Happa no Ko ont commencé à disparaître.

Madeleine, du quartier France 45-67 se réveille avec les mains vertes. D’abord la première phalange, puis la deuxième et bientôt toute la main se retrouve teinte de cette couleur vert menthe qu’elle n’arrive pas à expliquer. Nouveau jeu de réalité virtuelle ? Mauvaise blague ? Les jours passent et rien ne change si ce n’est l’inquiétude qui grandit en elle.

A l’autre bout de la Terre, dans le quartier Japon 23-58, Ken s’est aussi réveillé avec les mains vertes…mais lui commence déjà à en expérimenter les pouvoirs dans le monde déplié.

Mon avis

Happa No Ko est un roman court, presque trop pour moi, mais qui mène son petit bout de chemin assez facilement sur ces quelques 144 pages. Nous entrons directement dans le vif du sujet avec le personnage de Madeleine qui se cache dans un des jardins virtuels pour pouvoir observer ses mains qui…verdissent. Entre maladie ou nouveau test de réalité virtuel elle ne sait pas trop vers quoi pencher, ce qui est sûr c’est que cela est ANORMAL. Madeleine incarne l’idéal d’un personnage féminin : pas de faux sentiments « d’adolescente » préoccupée par son apparence, mais plutôt une jeune fille forte, curieuse et plutôt sympathique. Si elle sort avec plusieurs de ses amis dans les salles de jeux, elle est quasiment toujours traitée de manière solitaire. Seule dans son appartement lorsque ses parents s’absentent pour jouer à des jeux grandeur nature, seule lorsqu’elle se promène dans le parc, seule lorsqu’elle s’interroge. Pour autant, elle est très vite rejointe par Ken, un jeune japonais venu de l’autre bout de la terre et qui apparaît juste sous ses yeux à côté d’elle. Lui aussi a les mains vertes ! Ces mains lui permettent de voyager dans le monde déplié et ainsi d’un bout à l’autre de la planète.

A partir d’ici tout ce à quoi je pensais c’était : « non pitié pas encore un roman avec des voyages dans l’espace temps, et le dérèglement du système quantique ou que sais-je encore ». Et Karin Serres m’a énormément surprise !

Dans Happa No Ko ce n’est pas tant la forme que les messages et la poésie qui y sont véhiculés. Dans une société futuriste terriblement proche de la nôtre ce sont des machines qui ont remplacé l’ensemble des emplois humains. Il n’y a plus qu’une seule chose à faire : consommer, consommer, consommer et cette consommation passe par le jeu. Esclave de ce nouveau modèle où l’amusement est monté à son paroxysme il leur faut jouer… pour pouvoir jouer encore. L’énergie dépensée est récupérée par un bracelet qui le transmet ensuite à la base. Si votre score est trop faible…vous ne pouvez pas accéder aux salles de jeux. Pour autant, afin de garder un semblant d’humanité des jardins virtuels ont été conservés. Karin Serres n’en fait pas une dystopie apocalyptique, elle n’impose aucun jugement de valeur c’est au lecteur de se faire sa propre opinion, et ça, j’ai trouvé cela très fort ! Aucun stigmate, juste un état de faits.

Son premier roman adolescent nous offre également une vision poétique de certains mythes du japon, notamment avec les Happa no Ko, bien que ces créatures soient un peu plus développées que les yôkaï ces sortes d’esprit de la nature qui sont extrêmement présents dans le folklore japonais. Avec beaucoup de douceur l’autrice nous pousse à nous interroger sur notre rapport avec la nature, les éléments, et ce que cela dit de nous, de notre imaginaire. La fin est également très ouverte mais on peut y voir cependant une volonté de faire front face à la montée de la robotique et de ses excès ; au désir de jouer éternellement ; à la complaisance humaine. Elle s’abroge du traditionnel « Happy end » de la littérature américaine et adolescente ce qui la rend plus juste et presque plus tendre.

Malgré tout je regrette un peu le manque de profondeur de ces personnages ; j’aurais aimé qu’elle aille plus loin, qu’elle pousse la porte de leurs pensées intimes pour s’y immiscer. Ainsi, aussi, que la langue que je trouve encore un peu pauvre. Cela manquait de phrases chocs, de bonds, et de « waouh » à la lecture de quelques mots.

En résumé

Sans être militant, Happa No Ko conte une fable onirique et poétique qui se joue des pièges du trop-extrême et s’insère avec bonheur dans la mythologie japonaise. Plein de bonne volonté, il donne à voir un scénario court à la vision percutante sur une société moderne étrangement proche de la nôtre et à l’intérieur de laquelle la nature a complètement disparu. Avec quelques notes de magie, de combat et de télépathie, il s’offre un public large, des adolescents aux adultes, et permet d’aborder notre rapport aux autres espèces et à la Terre de façon plus légère. Un bon premier roman qui donnera lieu, il me semble, à une suite que j’ai hâte de découvrir.

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