Le Nord du monde de Nathalie Yot, un pari réussi

Ce lundi j’ai enchaîné avec Le Nord du monde de Nathalie Yot, un troisième « 68 » qui me fait dire que la sélection des 68 premières fois frise l’excellence pour le moment. « Frise » parce que je ressors de cette lecture perplexe, abasourdie comme on dit. Je ne sais pas si je dois l’aimer ou le détester, le comprendre ou me fermer. Et pour finir je crois que le plus beau reste encore qu’il me questionne, m’interroge sur mon rapport à la lecture, la littérature, dans son fond et dans sa forme. 

Résumé de la Contre Allée

Elle fuit. Elle fuit l’homme chien. Elle trotte comme un poulain pour qu’il ne la rattrape pas, aussi pour fabriquer la peinture des fresques du dedans.
Elle voudrait la folie mais elle ne vient pas. Toucher le mur du fond, le Nord du Monde, se cramer dans la lumière, le jour, la nuit, effacer, crier et ne plus se reconnaître.

Sur la route, il y a Monsieur Pierre, il y a la Flaish, il y a les habitants des parcs, il y a Andrée, il y a les Polonais, Elan, Vince et Piotr, et aussi Rommetweit, les Allemands, les Denant.
Il y a Isaac, neuf ans environ.
Et il y a les limites.

Mon avis

Incontestablement, par sa forme et sa prose, par son élégance dans sa plume, par son phrasé haché, le roman vous séduira. Ces phrases décousues vous donneront des ailes, vous poursuivrez la narratrice, tantôt « homme-chien », tantôt « nord », vous vous fondrez dans son personnage comme on se fond dans un moule, vous deviendrez cette femme qui fuit vers le Nord, qui court vers le Nord, qui s’accroche au Nord. J’étais tellement attentive, tellement à l’intérieur du texte et du personnage…que j’en ai rêvé. Bercée par ses phrases qui n’en sont presque plus, je me suis endormie petit à petit et j’ai fini par rêver, d’être là, dans ce Nord immense et sans nuit. Autant vous dire que Le Nord du monde m’a fait son petit effet !

« C’est courir qu’il faudrait. Avancer vite. Même si c’est vers le Nord. Même s’il fait froid pour tout dans le corps. Le Nord ira bien. Ira mieux. C’est plus sûr d’aller vers le Nord. […] Je vais vais courir. C’est mieux. Je sais que l’homme est derrière. Pas très loin. Il veut me parler et m’offrir quelque chose pour en finir. Un cadeau de finissage. Peut-être un manteau. Je cours et l’eau coule de mes yeux. Pour lui. Pour l’homme. Je suis effrayée. »

La narratrice fuit. Un homme, la fin d’une aventure de plusieurs années, la fin de l’amour qui la gifle la fin d’autre chose peut-être. On ne comprend pas bien ce qui la pousse à fuir mais on comprend la fuite. Ce désir de Nord. D’ailleurs et puisqu’il faut bien une direction, pourquoi pas le Nord. Peut-être même que c’est un choix que j’aurais pu faire. Le Nord, le froid, la nuit et le jour sans fin, le blanc, le paisible. Cette quête de paix. On suit donc la narratrice à travers l’Europe : Lille, Bruxelles, Anvers, Meerle, la France, la Belgique, la Hollande, l’Allemagne… Autant de villes qui sous ses pas, passent, durent un moment, puis disparaissent, à mesure qu’une douce folie commence à s’emparer d’elle.

« Mes dents ont mordu ma langue. Je me suis raidie. Mes mains applaudissaient dans le froid qui me cristallisait. Sans retenue, je me perds tous les jours un peu plus. Je soupçonne un abandon planifié. »

Et puis brusquement : la maternité. Cet amour si grandiose qui la submerge, lui tord les tripes, doucement l’entraîne vers ce qu’elle nomme elle même « l’infamie », « la faute ». Et là je me réveille et je comprend qu’il y a autre chose que la forme, autre chose que cette plume qui t’emporte et te perd, autre chose que cette poésie brute, âpre qui t’entraîne vers le Nord du Monde, il y a le fond. Cette femme qui de ville en ville se perd un peu plus. La déraison s’installe. Les repères se délitent. Mais les vôtres ? Les miens ? Et c’est là que le questionnement commence. Les derniers chapitres sont des envolées, des escaliers qui emportent lecteur et narratrice dans un gouffre au fond duquel… quoi ? la faute ? la morale ? l’amoral ? l’immoral ? Je pense que l’autrice a vu juste et je parlerai donc de « désaxement », de « déplacement ».

“Je veux prôner une revalorisation de l’erreur, de l’inaptitude et par là même du pardon. Si le texte génère un mouvement interne, s’il désaxe un peu, voire simplement s’il crée une fragilité qui offre l’ opportunité d’ un léger déplacement (…), je gagne mon pari. Ce qui m’intéresse c’est le cheminement vers la faute. Le cheminement vers la faute est le seul point d’appui qui nous permet de juger l’acte. »

(propos de Nathalie Yot tirés de l’argumentaire de la Contre-Allée)

La fin arrive, comme une énième machette qui tombe et rompt les liens.

En résumé

Par le biais de son écriture, qui joue beaucoup sur le style et sur le rythme, Nathalie Yot réussit son pari. Le Nord du Monde questionne, interroge, le rapport au corps, à la chair, au désir, mais aussi à la folie, à la perdition. Je ne savais pas quoi en penser, sur la fin. Et puis, là, au fur et à mesure de ma chronique, je peux vous le dire, ce roman, c’est un bijou.

 

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