Une histoire naturelle des dragons de Marie Brennan

Une histoire naturelle des dragons est le premier tome d’une saga en cinq volumes réunis sous le nom « Mémoires par Lady Trent », mises en scène par Marie Brennan aux éditions L’Atalante. J’ai les quatre premiers tomes en ma possession que j’avais pu récupérés lors de mon stage et pour lesquels j’avais complètement craqué !

Mon résumé

Assaillie par des milliers d’admirateurs à travers le monde qui lui font part de leurs interrogations sur ses aventures, Isabelle Trent, désormais vieille femme, décide d’écrire ses mémoires. Dans ce premier tome, Isabelle nous raconte les prémices de son succès : de son enfance où elle disséquait des oiseaux afin de comprendre le fonctionnement du bréchet, en passant par ses aspirations de jeune fille, et en nous entraînant jusqu’en Vystranie, les lieux de sa première vraie rencontre avec les dragons.

Et on ne peut pas dire qu’elle fut de tout repos. Brigands, huit clos et machinations politiques s’entremêlent à la destinée de cette expédition de scientifiques, venue recueillir des informations sur les dragons, ces créatures ailées dont si peu d’écrits parlent de manière concrète. Bravant les contraintes de sa classe sociale et de son genre, Isabelle, alors appelée Isabelle Camherst, s’impose au sein de cette équipée masculine.

Mon avis

Une histoire naturelle des dragons est un roman de fantasy étrange et fascinant. Étrange parce que le monde recréé ressemble à s’y méprendre à l’époque victorienne, qu’Isabelle Trent n’en fait décidément qu’à sa tête et que l’on se retrouve à suivre des mémoires…inventées. Fascinant parce qu’il s’attache aux dragons, ces créatures fantastiques intrigantes et dangereuses, qu’il prend le biais du naturalisme et de la science pour s’y greffer et que les illustrations de Todd Lockwood nous immergent d’autant plus dans cet univers piquant.

J’ai adoré. Autant ne pas faire durer le suspense ! Le début m’a pourtant été laborieux. Difficile de s’approprier totalement le personnage de Lady Trent, alors vieille femme lorsqu’elle parle et de le relier à l’image de la jeune femme qu’elle a été. Difficile aussi par le choix du naturalisme et du scientifique qui rend les choses tout de suite beaucoup plus prosaïques et concrètes plutôt que magiques et fictives. Difficile enfin parce que je ne suis guère habituée à lire un langage aussi soutenu dans un roman s’adresse plutôt aux jeunes adultes. Mais toutes ses difficultés furent, à un moment ou un autre, les points clés de cette fabuleuse aventure.

Commençons par le personnage : Lady Trent. Dès le départ nous sommes averti.e.s, Isabelle Trent a du caractère et ne compte pas se laisser dicter sa conduite, ni aujourd’hui, ni jamais.

« Ce récit se concentrera essentiellement sur les expéditions qui ont conduit à la découverte qui m’a rendue si célèbre, mais il digressera également vers des sujets plus distrayants, qu’ils soient personnels ou même (eh oui) salaces. C’est l’un des avantages d’être une vieille femme à présent, et qui plus est une vieille femme qu’on a appelée « un trésor national » : très peu de gens peuvent me dire ce que je dois ou ne dois pas faire. »

Dès le départ du récit nous devenons dans l’enfance d’Isabelle un désir de comprendre les choses, d’apprendre, de voir, non pas à la manière d’une petite fille capricieuse mais plutôt à celle d’une enfant en manque d’aventures et de certitudes. Son esprit déjà retors collectionnait les accords secrets avec ses gouvernantes afin de cacher les livres volés de la bibliothèque de son père, son luccion, une créature à l’époque considérée comme un insecte, et ses frasques en tous genres. Pourtant, la jeune Isabelle finira par se rendre à l’évidence : quand on est une femme, à cette époque, avoir un esprit scientifique est bien la dernière chose que l’on recherche chez une femme et encore moins une avidité aiguë pour les dragons. A travers le prisme de l’enfance nous devinons chaque moment ayant construit la femme qu’elle est devenue.

Rencontrant Mr Camherst avec qui elle se mariera peu après le monde d’Isabelle retrouve un peu d’éclat. Il est là, celui qui lui fera découvrir le monde, qui lui ouvrira les portes de sa bibliothèque qui la comprendra. Grâce à lui aussi qu’elle quittera le Scirland pour la Vystranie, la terre des dragons. Mais cela ne se fera pas sans heurt. Confrontée plus d’une fois à la limite de son genre, la société quasi victorienne rechignant à laisser un travail aussi scientifique à une femme, qui plus est si cela peut être dangereux, Isabelle Trent devra user de tous ses charmes et stratagèmes pour rejoindre l’expédition à laquelle son mari doit participer.

« — On trouverait bizarre que tu partes pour une expédition en Vystranie. On penserait que je suis un montre. Je me moque de ceux qui me diront que je dois contrôler ma femme ; je n’ai pas pris l’habitude de te tenir en laisse. Mais d’autres se demanderont quel genre de gentleman peut soumettre sa femme à une telle épreuve
— Même si sa femme s’est portée volontaire ?
— Cela ne compte pas. C’est mon devoir de te protéger et d’assurer ta sécurité. La protection et la sécurité ne comportent pas d’aventures de ce genre ».

On apprécie d’autant plus cette petite part de féminisme et la volonté d’Isabelle à s’élever au dessus de son rang et de sa condition lorsque l’on sait la proportion de héros masculin dans les romans de fantasy ! Toutefois mesdames et messieurs sachez que Mr Camherst n’est pas si obtus qu’il semble en avoir l’air dans cet extrait et qu’il se contente de souligner un point. Bien que cela serve presque de prétexte au romantisme, leur relation permet à la jeune Isabelle de trouver des repères solides et surtout de refréner parfois son courage immodéré qui friserait presque avec la folie.

Avec ce personnage au caractère bien trempé le scénario devait l’être tout autant. Si le début, comme je le disais, est un peu laborieux, puisque long à se mettre en place sachant que nous attendons patiemment qu’Isabelle « grandisse » afin d’en savoir un peu plus, la suite sera riche en rebondissements mais aussi et surtout en réflexions. Et ça change ! Avec Une histoire naturelle des dragons Marie Brennan frappe en plein coeur le genre de la fantasy et nous fait voir une autre manière de la concevoir et de la lire. Bien loin des BOUM BOUM et des grands combats extravagants des romans du genre, ce premier tome s’attache beaucoup plus à l’aspect réflexif de l’action. Pourtant vous ne manquerez pas de gestes précipités, d’erreurs de débutante et de courageuses démonstrations de force quand ce ne seront pas de terribles massacres. Assorti aux magnifiques « croquis » de Todd Lockwood, le scénario ne pourra que vous conquérir, sans parler des délicieuses piques d’humour de la désormais vieille femme.

« On m’a longtemps accusée de ne pas avoir d’instinct maternel. Pour autant que je sache, cet instinct consiste à tenter d’envelopper de langes toutes personnes âgées de moins de dix-huit ans afin qu’elle n’apprenne rien sur le monde et ses dangers. Je ne vois pas en quoi c’est utile, surtout du point de vue de la survie de l’espèce. Mais j’admets qu’à cette occasion j’ai peut-être laissé mon excitation intellectuelle me distraire du danger qu’il y a à laisser un garçon de dix ans agiter un fusil chargé. »

En résumé

Ce premier tome est une excellente découverte, qui nous invite, à travers les mémoires de Lady Trent, une vieille naturaliste qui ne manque pas de mordant, à un périple palpitant en Vystranie, terre de dragons immenses et terrifiants. Délicieux mélange de recherches scientifiques et de rebondissements parfois malheureux, parfois héroïques, le scénario s’étire petit à petit et nous entraîne dans son courant. Au bout de quelques dizaines de pages, impossible de le lâche et là encore… il me tarde d’en savoir davantage sur les aventures d’Isabelle Trent. D’où lui vient ce nom ? Quelle fabuleuse découverte a t-elle faite pour devenir aujourd’hui la plus célèbre des naturalistes ? Comment va t-elle réussir à s’imposer dans la prochaine expédition ? Et quels détails « salaces », Lady Trent nous réserve t-elle ?

4 commentaires sur “Une histoire naturelle des dragons de Marie Brennan

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    1. Les éditions L’Atalante sont souvent méconnues d’un public plus large et moins « de niche » et c’est fort dommage parce qu’ils ont de sacrés pépites ! 😊

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