Un truc à finir, un roman fait de petits gâteaux et de messages cachés

Un truc à finir, est un roman de Benjamin Desmares, un auteur que j’avais déjà lu en jeunesse avec Des poings dans le ventre, le roman ayant reçu le prix pépite 2017. Il m’avait fait battre le coeur puissance 1000 avec des mots d’une justesse inouïe. Et maintenant je me retrouve avec un petit o.v.n.i littéraire entre les mains.

Mon résumé

Joseph Herrous n’avait absolument rien demandé à personne. Il faut que ce soit dit. Un jour qu’il reste tard à son boulot pour ne pas rentrer chez lui et trouver sa maison vide, il lui prend l’envie soudaine d’aider un homme. Un homme coincé en haut d’une grille métallique, accroché par son jean, et qui semble tout bien considéré (après avoir cru à une chauve-souris géante) être un voleur de première catégorie. Qui se fait arrêter deux kilomètres plus loin par ce qui semble être la gendarmerie en lui laissant un joli petit souvenir : un paquet de gâteaux. Au coeur à la figue. Oui, mais voilà, ce n’était pas juste un paquet de gâteaux ordinaires, « tendres, plein de goût, parfumés. Juste la structure qu’il fallait. Un petit goût de revenez-y ». Non ils renfermaient des messages en papier, des petits messages envoyés de la providence peut-être. Et Joseph décida de jouer le jeu et de se rendre au « 2 bis, boulevard Bonne-Nouvelle. Redon ». Et c’est là que tout se péta la gueule.

Mon avis

A la fin de ce roman je me dis juste « waouh ». Mais aussi « ne faut-il pas être complètement fêlé pour imaginer un truc pareil ? ». Ou encore « non mais qu’est ce que je viens de lire au juste ? ». Parce que ce livre est une pure merveille de coïncidences, d’invraisemblances, de paradoxes et d’aventures grotesques. Et que, finalement, la couverture en est une excellente reproduction.
C’est comme si l’auteur en se réveillant un matin avait pris : un mec paumé, des gâteaux à la figue, un petit peu d’arts et de peinture, un Peintre à l’égo surdimensionné, une petite histoire d’amour, un bateau, un petit peu de fantastique, un petit peu d’enquête, un tueur psychopathe-mais-quand-même-vachement-drôle, et qu’il avait fait un petit milkshake parfaitement maîtrisé, sucré, avec juste ce qu’il faut de grain de folie et de punch (peunch pas ponch).

Mais regardons cela d’un peu plus près. Le « héros », Joseph Herrous, a tout de l’anti-héros : il n’est pas particulièrement intelligent, ne brille pas par ses capacités physiques, et semble se retrouver démuni devant à peu près toutes les situations sauf celle de se verser un petit verre de pastis. Mais y a pas de doute possible, il en a une sacrée paire. Alors que rien ne présageait que j’allais pouvoir m’attacher à ce personnage grossier ET grotesque, j’ai petit à petit pris conscience que ce qui m’agaçait le plus était finalement ce qui faisait de lui un type tout à fait normal et humain et finalement qui donnait lieu à un personnage juste. Oui, il y avait bien comme une forme de justesse dans sa façon de s’énerver contre son destin, de vouloir tout envoyer paître, et de prononcer insultes sur insultes à tout va. Et ce qui lui arrive est si…comique. Et j’ai ris mais ris de très nombreuses fois devant des situations pourtant vraiment pas drôles pour Joseph qui en voit de toutes les couleurs !

Et puis il y a la multitude de personnages qui gravitent autour de lui : Serge, le vieux un peu fou, un peu sage, le peintre qui, le premier, a découvert ces gâteaux et trouvé les messages à l’intérieur ; Sarah, sa femme, qui officialisera sa rencontre avec Joseph d’un bon coup sur la tête, l’étendant pour le compte ; Clotilde qui n’a certes pas la langue dans sa poche mais qui sous ses airs de bravade et de femme forte cache une petite fille effrayée et admirative du travail de son père (Serge) ; le Peintre, celui que j’aurai peut-être le moins compris dans toute cette histoire, blessé dans son orgueil il y a des années par le père de Clotilde, et qu’il continue de faire souffrir ; et il y a aussi Henri et son bateau ; Jean-Charles Batailleur, artiste et tueur cannibale ; Max et son père, des forains ramenés là on ne sait pourquoi, etc., etc. Une toile cosmopolite, un patchwork dithyrambique remarquable.

— Je vous ai tatoué une moustache.
— Putain ? Je le vois bien, mais pourquoi ? Pourquoi vous m’avez fait ça ?
— Ben, on en a parlé cette nuit, vous vous rappelez ? On s’est mis à parler tatouage et c’est vous-même qui avait dit que ce serait marrant, quelqu’un qui se ferait tatouer une moustache.
— J’ai jamais dit ça.
— Si, vous l’avez dit. Vous avez même parlé de la moustache d’Hitler. Alors, quand vous êtes tombé, quand vous vous êtes endormi, ça m’a démangé. Pour finir, je me suis dit, je sais pas, que ça pouvait être marrant. J’étais bourré, aussi.
— Marrant ? Ça pouvait être marrant ? Bordel ! Regardez-moi ! Vous m’avez défiguré !
Jean-Charles était jusque-là resté bien assis sur son siège, le regard droit à travers le pare-brise. Il se tourna vers moi, les traits transformés par la colère.
— Merde ! Vous faites chier ! Je vous ai fait la moustache d’Errol Flynn dans Robin des Bois. Vous avez une moustache de héros ! Elle est belle, cette moustache, j’ai fait du bon boulot. Avec cette moustache, Flynn a levé des centaines de nanas plus belles les unes que les autres. Et puis, oh ! Arrêtez de chialer ! N’oubliez pas que je suis un tueur, un psychopathe. Avec mon traitement et le pastis que j’ai bu, j’aurai aussi bien pu, je sais pas, vous découper les lèvres et m’en faire un bracelet.

Et il y a l’écriture de Benjamin Desmares, bien sûr. Peut-être un peu moins scandée, peut-être un peu moins poétique, mais tellement unique en son genre mélange de grossièreté et de tendresse, de traits d’esprit et de traits d’humour. Et toujours avec cette espèce de justesse sans faille qui vous fait réellement croire que c’est réel. Sans même que je ne le vois venir, j’étais partie, emportée dans son histoire sans queue ni tête, avec pour seul bagage des cookies auxquels je refuse désormais de toucher.

Le mot de la fin

Vous en dire plus sur les aventures de notre héros quadragénaire serait vous gâcher les délicieuses heures que vous passerez en sa compagnie. Mais sachez une chose : vous ne vous ennuierez pas. C’est drôle, trash, comique, tendre, vivifiant et bon dieu ce que cet o.v.n.i littéraire fait du bien !

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