Des milliards de tapis de cheveux, d’Andreas Eschbach

Des milliards de tapis de cheveux est le tout premier roman que je lis d’Andreas Eschbach et le premier space opera que je lis, oui oui vous avez bien lu, le PREMIER. Et je dois avouer que je ne suis pas déçue.

Mon résumé

Sur une lointaine planète, depuis des millénaires, des hommes tissent les plus beaux tapis de cheveux avec ceux de leurs femmes. Le travail de toute une vie qui ne s’achève qu’avec la vente de celui-ci et la transmission de ce savoir-faire ancestral à un fils. Le but ? Recouvrir le légendaire « Palais des étoiles » de leur Empereur bien aimé au pouvoir depuis des siècles. Seulement il y a un problème. G 101/2, n’est pas la seule planète à produire des tapis de cheveux. C’est tout un système qui fonctionne sur ce principe. Et surtout, il n’y a pas un seul tapis de cheveux dans le palais de l’Empereur.

Mon avis

Derrière cette apparence abracadabrantesque se cache une véritable critique des « Petits Pères des Peuples », « Il Duce », et autres « Fürher », du pouvoir et de son implication volontaire ou involontaire dans la vie des peuples qu’il domine.

Dans ce court roman, Andreas Eschbach va petit à petit élargir notre vision structurelle et cognitive de l’empire d’Aleksander XI actuellement au pouvoir. De la vie d’Ostvan tisseur de tapis qui tuera son fils, Abron, pour lui préférer son fils à peine né, libéré de toutes pensées destructrices et hérétiques ; à celle de Ludkamon, qui, pour gagner le coeur de sa belle, a remporté un tournoi le faisant accéder à une « section supérieure » où il n’existera plus que par la pensée, nous passons de personnages en personnages. Finalement, de G101/2 au Palais des étoiles lui-même, nous cheminerons à droite à gauche de l’univers pour découvrir la clé du mystère qui entoure ces fameux tapis de cheveux.

J’ai été littéralement fascinée par la façon dont l’auteur arrive à nous faire avaler cette histoire. De petits détails absurdes en théories grotesques, de petites révélations en grands écarts, il nous faut tout de même attendre la toute fin du dernier chapitre pour comprendre ce qu’il se passe. Et cette longue attente n’est pas anodine.
Des milliards de tapis de cheveux n’a pas de « héros », pas de grands personnages à suivre, ils paraissent tous être pris au hasard dans la trame même si certains ont, semble t-il, plus d’incidence que d’autres. Ces petits bouts d’histoires diverses nous permettent de comprendre jusqu’où le pouvoir de l’Empereur s’étend, comment il se manifeste et de quelle façon il irrigue chaque partie de la société… jusqu’à la rébellion-même. Cette multiplicité des points de vue lui permet également d’écrire de manière très différente pour chaque chapitre, ce qui en fait un roman très particulier, presque… multiforme, divergent et convergent à la fois. Ou bien comme un recueil de nouvelles qui auraient des points communs mais aussi différents qui mèneraient toutefois à une résolution commune.

Au cours de ma lecture m’est revenue une citation que j’avais apprise par coeur au lycée « La religion est l’opium du peuple » de Karl Marx. Il est vrai que cet Empereur-dieu tient un peu lieu de religion, tout comme d’ailleurs de nombreux dictateurs du 20e et 21e siècle qui sont littéralement vénérés : omniscients et omnipotents rien ne les arrête si ce n’est une révolution. Parce que personne ne veut sortir de son cocon, personne ne veut enlever ses œillères.

Un autre point m’a fait m’interroger très longuement. Lors du premier chapitre, du point de vue d’Ostvan, il m’apparaissait presque logique que cet homme tisse toute sa vie durant un tapis de cheveux. Je me suis dit « quelle imagination ! ». Qu’ils soient des centaines ne m’a même pas interrogée. Qu’ils le fassent depuis des siècles non plus. Il a fallu que l’auteur me mette devant le fait accompli pour qu’enfin je me rende compte que tout ceci ne pouvait être qu’une vaste supercherie, qu’enfin cette tension que je sentais monter au fur et à mesure trouve sa source. Je me suis sentie à la fois incroyablement crédule mais aussi étrangement impuissante. Est-ce que la léthargie qui épuise tous ces hommes depuis si longtemps m’aurait contaminée ? Est-ce que moi aussi, si j’avais été eux, je ne me serais pas interrogée sur le labeur que je menais depuis des années ?

Le mot de la fin

Comme vous avez pu le constater Des milliards de tapis de cheveux m’a mis un peu le cerveau en vrac… Réflexion presque philosophico-politique sur l’impact que peut avoir le pouvoir sur les peuples, Andreas Eschbach livre ici un roman qui ressemble à s’y méprendre à l’Histoire de certains pays soumis à des dictateurs que l’on pourrait juger d’omniscient et d’omnipotent. L’aspect space opera n’était pas très développé ce qui ne m’a pas forcément dérangée pour une première lecture, et j’ai d’autant plus apprécié le caractère absurde de cette œuvre… telle une célèbre Cantatrice chauve.

3 commentaires sur “Des milliards de tapis de cheveux, d’Andreas Eschbach

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