Dust Bowl petite tempête dans ma Pile à lire de mai

Dust Bowl est une nouvelle publication de Lynks éditions écrit par Fabien Fernandez, un auteur que j’ai vraiment beaucoup apprécié aussi bien après une rencontre aux bureaux de Gulf Stream qu’à travers la lecture de Détroit… que j’ai chroniqué ! Allez zieuter le Bloggers’ Magazine d’avril pour en savoir plus 😉

Mon résumé

Kush assiste au meurtre de son père alors que ce dernier lui ordonne de cacher un étrange livre. Sortant de la maison familiale en flamme, Kush n’a plus qu’une idée en tête : se venger. Mais la vengeance est longue et difficile, encore plus quand une organisation secrète, le Klu Klux Klan, qui semble avoir des membres un peu partout aux États-Unis prévoit de tuer le Président.

Mon avis

Kush et Ruben : deux facettes de l’humanité

Kush est un personnage particulier. C’est un adolescent qui oscille entre le désir de se venger et celui de respecter la volonté de son père. Appartenant aux Forgerons, des êtres capables de pouvoirs surnaturels en accord avec la nature, son père l’a élevé dans une foi profonde pour le respect de la nature et des autres. Mais Kush maîtrise le feu, un élément qui correspond aussi à son tempérament : instable, brûlant, ravageur.

Pour lui faire face les Alchimistes des êtres plus proches des scientifiques bien que je n’ai pas réellement compris leur fonctionnement. Leurs capacités semblent être également plus proche du mental et on trouve dans leurs yeux des insectes de cuivre stylisés.

En se lançant sur les traces de Sacred Hill en découvrant une lettre adressée à son père, Kush ignore dans quoi il met les pieds mais c’est là bas qu’il découvrira le second personnage clé de cette histoire : Ruben.

Ruben est un être particulier, à bien y regarder il ressemble étrangement au Frankenstein de Mary Shelley, reconstitution de morceaux de corps éparses. Une jambe pour l’athlétisme, une main pour tuer, une autre pour les courses de voiture. Son corps est couturé de cicatrices et son âme se souvient des blessures des êtres qui le composent. Pourtant il semble étrangement… pur. Sa conscience se forme petit à petit au contact de Kush et des passants qu’il rencontre. Il ne semble être motivé que par un seul désir : protéger celui qui l’a réveillé. Le protéger des autres. Mais aussi de lui-même.

L’intrigue oscillant entre son point de vue et celui de l’adolescent on découvre également une humanité singulière derrière sa monstruosité : toute en analyse, en prises de conscience. Il ne juge que très peu, principal arbitre de son propre tribunal, il est là en contemplation. Et pourtant il n’hésite pas à frapper, tuer, les mots, les phrases, les gestes sont encore inscrits dans sa chair. A travers son regard c’est aussi celui de l’auteur qui semble ressortir, presque mélancolique, souffrant de voir la société s’auto-détruire.

« Mes mains s’agitent en décalé mais suivent un schéma précis. Mes pensées, elles, sont accaparées par les vérités de Felicia. Doit-on souffrir pour manger ? Peut-être, si la nourriture ne pousse plus dans la région. Doit-on se briser le dos à la tâche afin d’être considéré par cette société ? Probablement, si j’en crois le regard des autres. Est-ce ça, être vivant alors ? S’abaisser, se torturer mutuellement, dominé ou être dominé… Je ne comprends pas ce que Kush appelle l’humanité ».

L’intrigue…trop courte ?

Pour tout vous dire je n’ai pas lâché ce livre, en deux heures et demi c’était plié, je l’avais dévoré. J’étais avide de ses mots, avide de comprendre ces personnages, avide de savoir qui était Ruben. Et pourtant la fin est arrivée tellement vite que je ne l’ai pas vue venir.

Ruben et Kush passent par plein de péripéties, dont plusieurs dues au Dust Bowl ce phénomène de tempête de sables qui a réellement ravagé la région dans les années 30. A chaque étape, c’est une véritable fuite en avant, les deux personnages n’ayant quasiment pas le temps de s’arrêter. Sauf avec les freaks. Pour moi c’est l’un des points un peu flou du roman. Ce passage ressemble beaucoup à Tragic Circus de Cécile Guillot et Mathieu Guibé aux éditions du Chat Noir. Chaque freaks semble être bien caché derrière une couche de maquillage, de jeu, de tromperie mais surtout ils ne sont pas libres, prisonniers par un contrat ou des secrets qui les lient à Eliakim, le chef de cette troupe. C’est à cet endroit que Ruben en apprendra le plus sur l’humanité et qu’il évoluera aussi. Ça en fait donc un passage clé du roman.

Et pourtant je l’ai trouvé long – plus de 80 pages sur un roman qui en fait 263, ça fait presque un tiers du roman – et un peu prévisible aussi. Alexandria, la belle cartomancienne qui lance Kush sur les traces de son destin, qui tombe amoureuse de lui, et qui s’enfuit ? Ça semble un peu bateau. Pourtant son destin ne l’est pas, et son pouvoir de Tisseuse rend l’aspect surnaturel du livre un peu plus tangible.
Trop courte aussi vis à vis de la résolution de l’intrigue avec le Président dont je ne peux absolument rien vous dévoiler bien entendu ! Je l’ai trouvée assez vite expédiée et même si j’ai compris que c’était surtout le cheminement personnel des personnages qui prédominait dans cet ouvrage, j’aurais aimé peut-être que la résolution soit plus longue à se mettre en place. Allez savoir, je ne voulais peut-être tout simplement pas quitter ce livre !

Ancré dans le réel et dans l’histoire

Dust Bowl à l’instar de Détroit semble puiser ses sources dans l’histoire même des régions qui les composent. Si nous avions une véritable profusion de détails sur Motor-City, ils sont dans Dust Bowl lâchés au compte goutte mais toujours judicieusement placés.
Le titre n’est d’ailleurs pas anodin puisqu’il fait référence aux tempêtes de sables qui ont ravagés et asséchés l’Oklahoma, le Kansas et le Texas, causant une des plus grandes catastrophes écologiques et agricoles des états-unis. Les tempêtes que Kush et Ruben essuient sont donc inspirés de faits parfaitement réels.

« L’air s’assèche. L’astre solaire arrive à son zénith. Un nuage ténébreux le voile une poignée de secondes. La poussière se soulève par vagues successives de plus en plus violentes. Au loin, une ligne montagneuse est apparue comme par magie.
Elle grossit cherchant à avaler le soleil.
Je m’arrête.
Le silence s’abat brusquement.
Plus un piaillement d’oiseau.
Je tire mon foulard pour me protéger le nez et la bouche. J’en ai vu d’autres, des tempêtes… Soudain, ma visibilité se réduit. Les bourrasques gagnent en intensité. Je courbe un peu plus l’échine pour progresser. Ma piste n’est plus très nette mais il est cependant clair qu’elle rejoint la route de Boise City. Les rafales ensablées que je reçois de face s’intensifient. Avec cela, la fatigue de la nuit et le poids du deuil m’écrasent un peu plus. Des larmes naissent au coin de mes yeux. Ma respiration s’alourdit. Ma vue se trouble. Puis, deux miles plus loin, la lumière disparaît.
Fatigue ? Non, juste l’astre solaire assassiné.
Une opaque obscurité.
Un immense nuage noir dévorant l’horizon.
Je n’ai jamais rien vu de tel. Les rouleaux de poussière se solidifient.
Le décor s’efface, dévoré par un raz-de-marée orageux.
Nuit en plein jour. Seuls quelques éclairs ponctuent cette vision cataclysmique.
Est-ce ça le Ragnarök ? L’Apocalypse ? »

Tout comme la « secte » du Klu Klux Klan qui est une organisation suprémaciste blanche des Etats Unis fondée en 1865. Elle prônait la supériorité de la « race » blanche sur les autres « races » et a été à l’origine de bon nombre de meurtres et d’exécutions. Née de la guerre de sécession elle existe encore aujourd’hui et perdure aussi bien aux Etats Unis qu’ailleurs.

« Tu ne vaux pas mieux qu’un négro, Enoch Blomston ! crache la voix inconnue du fond du jardin. […] Traître à la race ! »

Nous voyons également passer Dorothea Lange, une photographe très célèbre notamment pour ses reportages photographiques sur le Dust Bowl.

Le mot de la fin

Il est temps de conclure cette chronique. A bien y réfléchir je ne peux pas dire que ce soit un aussi gros coup de coeur que Détroit qui m’avait littéralement envoûtée. Mais Dust Bowl a réussi néanmoins le pari risqué de construire une intrigue à plusieurs tiroirs présentant tantôt celle de la conscience humaine et du développement personnel, celle du surnaturel, celle de l’écologie, et celle, bien sûr, des complots politiques. On peut sans doute dire qu’aujourd’hui c’est également ce qui construit un adolescent, et paradoxalement avec son ancrage historique c’est un roman qui m’a beaucoup replongée dans le présent, dans ce chaos généralisé qui est en train de se produire, ce dust bowl qui menace de tous nous engloutir.
Un roman court mais accrocheur avec lequel j’ai passé un très agréable moment.

2 commentaires sur “Dust Bowl petite tempête dans ma Pile à lire de mai

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    1. Mince alors 😦 Je te conseille d’essayer de lire Détroit du même auteur où l’écriture est particulière mais plus accrocheuse que dans Dust Bowl 😉

      J’aime

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