Passionnément à ma folie, une lente descente aux enfers

Passionnément à ma folie est un roman de Gwladys Constant paru chez Le Rouergue éditions, une maison que j’affectionne tout particulièrement pour ses textes forts et puissants, à l’écriture quasi hypnotique (Des poings dans le ventre, Sirius).

Mon résumé

Gwenaëlle change de lycée, elle retrouve ses amies d’enfance avec qui elle a fait ses premières classes. Tout aurait pu très bien se passer entre amitié, shopping et après-midi ciné, s’il n’y avait pas eu William. Désormais hospitalisée des suites d’une tentative de suicide Gwen nous raconte cette lente descente en enfer à travers les pages de son carnet.

Mon avis

Amour-vampire

Ce livre m’a beaucoup touchée, non seulement parce que son héroïne porte le même prénom que ma sœur, mais aussi parce qu’il aborde un sujet encore très peu mis en lumière en littérature adolescente : l’amour manipulateur, l’amour « vampire ». On connaît tous le personnage du salaud sans coeur, celui de l’amoureux transi ou encore celui du friendzone. Mais celui que nous montre Gwladys est beaucoup plus sombre, beaucoup plus malhonnête. Et malheureusement Gwen l’aura appris à ses dépens.

Après sa tentative de suicide Gwen refuse de parler au psychiatre mais demande à la place un carnet, un « beau carnet » qui lui permettra d’écrire, de coucher son histoire sur le papier. Entre passé et présent, je me suis d’autant plus imprégnée de la détresse et de la douleur de Gwen quand elle évoque cette relation malsaine.
Parce que malheureusement tout à l’air d’être un conte de fée ! William est dépeint comme un prince charmant ténébreux : beau, taiseux, intelligent, avec de l’humour et débattant souvent avec les professeurs, possédant une culture apparemment sans fond. Gwen, qui ne rêve que du prince charmant après ses lectures bovariennes, quelqu’un qui la comprenne et la chamboule, tombe directement dans le panneau.

Avec lui tout devient plus facile, et surtout elle se sent bien. Forte. Revalorisée par rapport à son duo de copines plus jolies qu’elle. Jusqu’à ce que progressivement William se transforme en être tyrannique, l’éloignant de ses amis et parents.

Ce qui est très perturbant c’est de penser que cette dépendance qui se crée petit à petit, cette culpabilité suite à leur rupture, est véritablement semblable voire la même que celle créée entre une femme battue et son compagnon. Il y a un côté très malsain qui se dégage de ce récit parce que malheureusement on comprend aussi très bien pourquoi elle est tombée amoureuse. Et peut-être que… nous aussi on y serait allé. Et ça c’est flippant.

Scénario d’écriture et plume

La construction du roman est parfaite. En 208 pages il est impossible de s’ennuyer, elles défilent les unes après les autres et coûte que coûte on veut savoir ce qui se passera, si elle arrivera à s’en sortir, si on arrivera à s’en sortir. Pour moi, ce personnage porte la mémoire de toutes les autres adolescentes et femmes qui chaque jour se font happées dans ce genre de relation malsaine.

Tout le long du roman on rencontre trois « types » de chapitre : le chapitre présent où Gwen raconte ce qui se passe autour d’elle ; le chapitre passé où l’adolescente narre son histoire tumultueuse avec William ; et le chapitre « message » où on assiste de manière plutôt désespérée à ses tentatives pour reprendre contact avec lui.

« Le texte était si beau, et je peinais tant à croire encore que ce bonheur-là était pour moi et pas seulement pour les autres, les belles, les hype, les maquillées poudrées manucurées, les intéressantes, les séduisantes, les populaires, qu’il me fallait dire, relire, perroquet de l’extase, pour intégrer mon authentique conte de fées. J’étais intarissable et j’enfilais une à une les perles de ses qualités sur le fil en acier qui finirait par m’étrangler ».

Un extrait que je trouve parfaitement représentatif du style de Gwladys Constant, une phrase hachée mais choc. Quelques fois j’avais l’impression de m’asseoir sur une pelote d’épingle tant ses mots m’électrisaient et me donnaient la sensation de foncer droit dans un mur, main dans la main avec Gwen.

Le mot de la fin

J’ai adoré ce roman du début jusqu’à la fin. Gwladys a su parler avec justesse d’un sujet peu connu des adolescent(e)s aujourd’hui : l’amour toxique et la manière dont il peut attirer, happer, manipuler jusqu’à vider quelqu’un de tout son être. Avec une plume élégante et tranchante comme une lame de rasoir, l’autrice conte des faits sombres et glaçants dans lesquels j’ai été précipitée entre horreur et fascination.

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