Détroit de Fabien Fernandez

De nouveau un électrogène pour Bloggers ! Il faut savoir que cette collection n’était pas très connue du grand public, et que le but de Bloggers’ était justement de promouvoir les petites maisons d’édition mettant en lumière le Young Adult. Depuis j’en suis totalement tombée amoureuse ❤ Détroit était aussi mon premier Fabien Fernandez (à l’époque je n’avais pas encore capté que Charlotte Bousquet et Fabien Fernandez étaient en couple…)

Mon résumé

Sous le bitume et la grisaille, par delà l’apparente décrépitude de ses rues et de ses friches, Détroit s’accroche aux pas de ceux qui pourront la sauver et faire naître l’espoir. Alors qu’Ethan, journaliste new-yorkais fasciné par cette ville au passé glorieux tente de capturer l’âme de la grande dame à travers ses clichés et ses habitants, Tyrell, lui se bat contre l’exclusion scolaire mais aussi, et surtout contre lui même. Sujet à des accès de colère qui laisse la plupart de ses adversaires le visage en sang, il louvoie entre les Crips et un futur qu’il espère plus prometteur. Quand les interrogations d’Ethan l’entraîne dans une chasse à l’argent, il comprend petit à petit que son enquête le mènera dans les bas-fonds de Motor City. Tous deux, à leur manière, sans jamais se croiser, vont alors tenter de se battre contre les gangs et les secrets… A leurs risques et périls.

Mon avis (sur un fond de The White Stripes)

Fabien Fernandez livre ici un livre rare à mi-chemin entre le documentaire et la fiction. Avec sa plume nous plongeons à l’intérieur d’une ville brisée, meurtrie mais fière aussi, qui ne cesse de surprendre. Elle révèle, sous sa crasse et sous son passé lourd de luttes sociales, des murs de couleur et une musique rap & garage rock qui la font vibrer d’une énergie nouvelle. Alors, bien sûr, on pense au célèbre documentaire Détroit terrifiant, prenant, terriblement réaliste. Mais aussi aux musiques et aux chanteurs qui sont partis de là, de cette ville miséreuse : The White Stripes, Alice Cooper, The Supremes ou encore Stevie Wonder.

L’auteur nous livre un roman à trois voix : un journaliste, un adolescent et… une ville. Un format peu courant, qui a piqué ma curiosité.

Ethan arrive à Détroit en quête d’un article qui lui apportera la reconnaissance qu’une bonne investigation devrait toujours recevoir. A travers ses photographies d’urbex (exploration urbaine de bâtiments abandonnés), ses enquêtes de terrain auprès des lycéens et des enseignants, sa relation avec la belle officier Moore, il découvre petit à petit la ville…et en tombe amoureux ! Pourtant ses recherches l’ont mené vers quelque chose de louche : des milliers de dollars ont disparu, et pourtant, ils auraient été bien utiles à l’achat d’ordinateurs, équipements scientifiques, réhabilitation des locaux… Mais Ethan n’est pas au bout de ses surprises, voilà qu’un membre du gang local le suit. Pourtant rien ne l’empêchera de mener son enquête jusqu’au bout.
Si ce jeune journaliste a pu m’énerver par son apparente assurance et son envie presque irrépressible de se mettre dans le pétrin, j’ai aimé la dimension crue et révélatrice de ses remarques, de ses billets sur son blog, et de ses explorations urbaines qui transcendent les préjugés et les chiffres.

De l’autre côté Tyrell Bell se bat contre lui-même, contre sa violence destructrice qui semble atteindre tout et tout le monde…sauf peut-être Sonja, un rayon de soleil sur l’asphalte. Avec elle, il se sent invincible, conquérant de l’amour adolescent, mais c’est oublier la drogue, son meilleur pote qui rejoint un gang, oublier où il est : à Détroit, une ville qui ne semble pas vouloir le laisser en paix.
Tyrell Bell est le personnage qui nous fait vibrer, la voix la plus forte et la plus juste, porteuse d’amertume et d’espoir. C’est aussi l’adolescent mal dans sa peau, le freak dont on peut se moquer mais dont on ose pas s’approcher, c’est un presque homme qui cache ses blessures sous ses regards de haine. Et pourtant c’est un personnage tendre qui n’hésite pas à se mettre en danger pour sauver un chien de combat, et qui, à travers les soins qu’il lui apporte, soigne également ses blessures.

Et enfin Motor City par laquelle on comprend les rouages, les méandres, les secrets de ses rues goudronnées, de ses églises abandonnées, de ses flics abîmés par trop de volonté bafouée. Certains lecteurs pourraient se trouver déroutés par cette troisième « voix » qui vient se mêler là, un peu par hasard, au milieu de ce duo mais de mon point de vue, c’est véritablement Motor city qui donne le ton, qui forme le décor. A travers son point de vue personnifié on comprend les pulsations qui animent la ville, son histoire aussi, glorieuse et sanglante, sans jamais se faire documentaire.

Les mots sont justes. Peut-être que c’est quatre mots pourraient être amplement suffisant pour décrire le style de cet ouvrage : juste. Mais j’oublierai de dire sans nul doute combien il est également sombre, puissant, violent, noir, ensorcelant. Une écriture qui vous tient en haleine et qui vous fascine par des expressions fortes et des mots qui claquent, qui « dézinguent les nuages » pour reprendre une des citations qui m’a le plus marquée.

En résumé

Détroit, décidément, n’est pas un roman qui se laisse facilement lire, et pourtant quelle passion, quelle rage entre les lignes, entre les pages, quelle volonté de vaincre ! En tant que lectrice j’ai été totalement charmée par cet ouvrage à la plume addictive, mais en tant que personne j’ai également été bouleversée. Il est assez rare de comprendre la chance que nous avons, certains d’entre nous, de ne pas avoir à nous battre pour survivre, de posséder des ordinateurs et d’ignorer ce que le mot « violence » peut réellement signifier. Et j’aime ces livres qui, justement, me rappellent d’être humble et de garder les yeux ouverts.

Extrait (avec la voix de Motor City)

« J’y ai bien sûr ma part de responsabilités : vivre au rythme des usines et des manufactures ne favorise ni l’originalité ni la créativité. L’art devient accessoire. Pourtant, au milieu de ce chaos organisé, une palette colorée commence à poindre, tenue à bout de bras par une minorité. On les pointait du doigt, ces vandales.
Ces délinquants,
Ces tagueurs armés de marqueurs,
Ces arpenteurs à l’esprit salissant.
On les a privés d’expression. Pas de cours de dessin, juste des flopées de QCM et de textes à apprendre par coeur.
D’abord à la bombe, discrètement. Puis, sur des surfaces de plus en plus grandes. Ils se sont fait une place sous mes ponts, sur mes toits, dans mes rues. Les signatures de gangs sont devenues des tags, des graffitis et des fresques murales.
Pots de peinture,
Silhouettes sur les murs,
Aéro et pinceau,
Escalade, risque,
Échafaudages.
Besoin de vivre et d’exister, ils se sont mis à me dorloter. On me maquille, on m’embellit.
La décrépitude de l’âge disparaît peu à peu sous la peinture de visages. »

 

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