Les os noirs, mise sous tension

Après avoir vu Belle d’hier l’année dernière qui m’avait complètement subjuguée, je retrouve l’univers singulier de Phia Ménard avec Les os noirs, au Grand R, à La Roche-sur-Yon.

Les représentations de Phia Ménard ont toujours eu sur moi un drôle d’effet, que ce soit L’Après midi d’un foehn, Belle d’hier ou Les os noirs, ils ont ce petit quelque chose qui me remue à l’intérieur. L’oeuvre de Phia Ménard, que je considère comme l’une plus belle artiste actuelle, est aussi éclectique qu’elle est soudée par un fil incertain.

Ici, comme elle le souligne par la suite pendant le bord de scène, elle a écrit ce solo pour quelqu’un d’autre plutôt que pour elle, ce qui était une grande première puisque la plupart de ses spectacles sont soit incarnés par plusieurs personnes dont elle, soit par elle seule face aux spectateurs. Elle a crée ce spectacle pour Chloé Sanchez, une jeune marionnettiste qui se retrouve dans une position inverse, pantin désarticulé immergé dans un poème en clair obscur, dont les contours théâtrales ne nous empêchent pas d’être tiraillés, plongés dans cette tension entre spectacle et réalité, théâtre et vérité.

Cette nouvelle pièce du vent repart avec un nouveau mécanisme : le cri. Ce cri terrible qui résonnait tout autour de moi lorsque je regardais la scène. Ce cri de douleur mais aussi ce cri de vie, puisque comme Phia le rappelle si justement : « le premier sens dans la vie, c’est le cri ». Il y a ces cris et ces formes, ces os noirs, cette vague immense, cet aquarium de feu et de sang, cette fenêtre, cette danse, autant de choses qui plongent le spectateur dans un état transcendant, dans une folie douce.

Ce que raconte Phia à travers cette représentation, et ce que transmet la jeune marionnettiste, c’est aussi bien une mort qu’une renaissance. Plusieurs thématiques sont abordées avec énormément de justesse et de tact : la peur, la naissance, le suicide… Ces thématiques qui, ailleurs que sur cette scène là, racontée autrement que par ces moyens là, nous auraient dérangés, trouvent leur place dans une forme de beauté sculpturale, bercées par le souffle, cet élément si vital à notre survie.

Cependant, si parfois certaines scènes ont besoin de trouver leur explication, mettre trop de mots déstabilise le sentiment premier, et je regrette, par bien des égards d’avoir assister au bord de scène. Votre interprétation, est, et restera, unique. C’est celle-ci que vous devez toujours garder en mémoire car c’est aussi la plus vraie. Même si Phia en est la créatrice, son point de vue n’est qu’une interprétation, (ce qu’elle avoue elle-même d’ailleurs).

Les os noirs, est un spectacle à ne pas manquer pour tous les amoureux du double sens, pour tous les poètes, pour tous ceux qui désirent un élément de relativité, pour tous ceux qui se trompent, lorsqu’ils pensent qu’écrire sur un thème sombre ne peut pas être beau, que la tristesse et la douleur ne peuvent pas être de l’art, et que de tout cela ne puisse pas naître un second souffle.

Source des images : Théâtre National de Bretagne (TNB), Le Grand T

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