Une plume remarquable : poétique, sensible, cruelle.

L’Archipel des Numinées, paru entre 2013 et 2014 aux éditions Mnémos est finalement la quatrième œuvre que je lis pour le challenge après Déracinée de Naomi Novik, La Geste du Sixième Royaume d’Adrien Tomas et Métamorphose de Samantha Bailly. C’est une trilogie comprenant : Archnae, Cytheriae et Matricia.

Trois cités. Trois femmes. Trois destins. Arachnae, Cytheriae et Matricia, sujettes à tous les maux du monde, percluses de souffrance, de haine et de vengeance, sont gangrenées par la soif de pouvoir et la peur de l’inconnu. Des pavés essaimant des cadavres, des sectes et des bordels, des monstres, des dévoreurs de chairs, des boîtes à musique… et toujours, cette incroyable roue du destin tissée par la Triple Déesse qui décide du sort de chacun.

Charlotte Bousquet trace de sa plume élégante, poétique et terriblement sombre le portrait d’une humanité au bord du précipice, au bord du mal absolu, Kebahil, qu’un rien peut faire basculer. L’univers, terriblement glaçant, nous plonge peu à peu dans une espèce de fascination morbide pour ses hommes qui se débattent. On peut y reconnaître sans la moindre interrogation un ancrage fort dans la dark fantasy. Pourtant malgré ce cadre pervers ce sont des personnages féminins passionnants, intrépides et très vivaces qui donnent voix à la paix, à l’humanité.

Son écriture, très fluide, nous donne tout le loisir d’apprécier chaque avec scène avec de nombreux adjectifs et synonymes me procurant enfin le plaisir de lire sans répétition !
Ce qui m’a le plus marquée c’est la profusion de détails que l’auteure nous fournit : cadavre, sang, mort… avec cependant une pudeur face aux relations sexuelles laissant le loisir de s’imaginer ces scènes d’amour ou de politique.
Ce contraste est d’ailleurs assez remarquable quand on y pense, entre le macabre et la joie, la vengeance et l’amour, etc. Ces petites touches d’humanité toutes en pudeur, en discrétion les rendent à la fois plus précieuses et le récit plus prenant.

Résumé des 3 romans

Arachnae

Théodora est choisie par la Triple Déesse pour une destinée dont elle ignore tout. Son instinct, et son don qui lui permettent tour à tour d’échapper à la mort et d’accorder sa confiance, la poussant à enquêter sur des meurtres d’enfants. A cela viennent s’ajouter jeux de cour et de pouvoir. Et Kébahil bien sûr, l’être innommable à qui sont sacrifiés, donner en pâture ces enfants innocents.

Cytheriae

Nola est écrivaine publique. Son rôle ? Écouter, conseiller, concevoir poèmes d’amour ou lettres de deuil. Pourtant elle a l’impression d’être qu’une coquille vide que les douleurs des autres font vivre dans cette cité qui se meurt. Des créatures, goules et lamias, hantent les quartiers les plus éloignés, un monstre tentaculaire avale tout sur son passage et un homme, rongé par les remords et l’envie de revoir sa bien-aimée marchande des âmes avec Kebahil. Nola et son maant, Angelo di Lorini, nécromant, méprisé par ses pairs mènent leur enquête. Celle-ci commence réellement avec un mystérieux manuscrit, celui de Maletesta. Prince. Bête. Monstre. Ou Héro ?

Matricia

La peste a rongé la ville contaminant tout et tout le monde. Les goules, les lamias et les créatures les plus immondes y ont élu domicile. La présence de Kebahil y est plus forte que jamais, se rassasiant des souffrances des victimes de la pestilence. Dionisia ne veut accomplir qu’une seule chose : sa vengeance, sa croisade, son Jihad. Venger une mère qui ne l’aimait pas d’une famille qui l’a détruite. Venger son époux d’un père qui ne la connaît pas.
Angelo y fait également une brève apparition. Un seul objectif final à obtenir : détruire Kebahil.

Mon avis

Les trois romans ont tous une trame commune mais sinon leur construction-même est différente c’est ce qui les rend tous uniques et complémentaires. Si le premier se construit comme une enquête, le second, s’il en garde la substance, acquiert aussi en poésie et en délicatesse avec une certaine forme épistolaire.
Le troisième, mon préféré, se glisse parfaitement dans le rôle du « dernier tome », the last one but not least. Monté comme un combat de carte, il plonge dans les souvenirs de Dionisia, des plus macabres aux plux heureux. La formule est très bien construite du « je » du souvenir au « il » et « elle » de l’omniprésence.

Enfin les extraits de poésie, pièces de théâtre, musiques, lettres, journaux intimes cultivent les romans. Il s’entremêlent facilement au récit initial, imprégnant un peu plus le lecteur de ce monde sombre et grisant à la fois. Ils le rendent plus puissant, plus complet, plus intense à la fois.

Le mot de la fin

Charlotte Bousquet possède une écriture qui m’a littéralement transportée et c’est sans doute pour ça que ma chronique est en grande partie basée dessus. Elle s’inscrit donc sans problème dans mes coups de coeur littéraires ! ❤

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