Colomb de la lune, un classique de la littérature de l’imaginaire

Si ce n’est certainement pas un coup de cœur, c’est un petit roman d’un peu moins de 200 pages qui se lit très vite comme une délicieuse fable au coin du feu.

Résumé

Le héros de ce roman s’appelle Colomb : tout un symbole.
Il sera le premier homme à se poser sur la Lune.
Reste à en revenir.
À la condition que, là-haut, rien ne vous retienne.
Et, surtout il y a l’aventure terrestre de sa femme.
Une aventure sans doute plus dangereuse que la conquête des étoiles.
Cela se nomme l’amour.

L’auteur et ses autres romans

René Barjavel a un peu plus de 33 œuvres dans sa bibliographie : des romans, des essais, des nouvelles, des autobiographies (La charrette bleue) ou même des albums. Tous parus entre 1942 et 1986, il les qualifiait d’extraordinaires et non de science-fiction au début de sa carrière puisque ce terme provient des USA et que l’Europe n’a eu que très tardivement accès aux œuvres dites de science fiction. Aussi on peut dire que René Barjavel, à l’instar de Jules Verne est un des premiers romanciers du genre même s’il y mettait une nuance dans une interview donnée à Laurence Paton : « Ce qui me met, je crois, en marge de la science-fiction, c’est qu’on ne trouve jamais dans mes livres de monstres extravagants ou d’extra-terrestres. Mes personnages sont toujours des êtres humains. C’est le sort de l’homme, de l’espèce humaine qui est mon souci ».

Un peu plus loin dans l’interview il se qualifie lui même de fabuliste ce qui, je trouve, lui correspond tout à fait, tant par son écriture légère mais moralisatrice que par ses histoires oscillant entre réalité et fiction.

Mort à l’âge de 74 ans en 1985, il s’est fait connaître grâce à des ouvrages qui sont aujourd’hui parfois étudiés en cursus scolaires et universitaires tels que La Nuit des temps, ou encore, Ravage.

Mon avis

La France s’est décidée à envoyer sur la lune un homme intrinsèquement lié à cette dernière avec une douce fable racontée au coin du feu ; rassemblant déjà tous les éléments liés à cette histoire : une femme, une fusée, et un homme un peu fou (les Hommes peut-être?). Une fable, c’est bien le tour que prend ce roman : racontée à des enfants ou à des adultes, il n’est question ni de haine, ni de douleur, ni de chagrin mais juste d’un amour profond, d’une réflexion inédite, et d’une sagesse à trouver dans ce monde où tout va de travers. Le chemin vers son « moi » intérieur représente une quête que Barjavel exploite à merveille dans ce roman décalé.

C’est un livre de « science fiction » mais c’est aussi un portrait de femme sous toutes ses formes: mère, amante, princesse, peintre, entre désir et trahison la femme louvoie efficacement et fait tomber le cœur des hommes non par méchanceté mais par amour et désir. Et bien que certaines fois l’aspect légèrement machiste de la chose m’a fait grimacer je dois reconnaître qu’il avait sans doute raison sur bien des points.

Les personnages : surréalistes ou scientifiques

Barjavel fait naître de sa plume des personnages un peu plus loufoques que d’ordinaire à la limite du surréalisme quelques fois : un cosmonaute rêveur qui part trouver une princesse intérieure, une marguerite qui peut faire comprendre les secrets de l’univers, un scientifique émerveillé par le zéro absolu qui se transforme en colombe noire, un jeune homme dont les yeux lui mangent le visage, une artiste en stéréotype… autant de locuteurs un peu fous sans parler de l’auteur qui à travers le moi et le je cherche à nous piéger un peu plus dans son roman tantôt le je remplaçant un personnage tantôt l’auteur lui-même qui sait :

« Cet enfant que j’ai croisé à Cardoue et qui m’a regardé tout à coup comme s’il avait faim et soif, comme s’il avait envie de mourir et envie que je le sache avec ces yeux immenses, grands ouverts pour que je voie bien jusqu’au fond de son âme, cet enfant c’était peut-être lui… Cela correspondant comme temps et comme âge. Cet enfant, remarquez, ne pensait rien de ce que je viens d’écrire. Il ne pensait sans doute rien du tout. Il avait seulement des yeux trop grands pour lui » (durant le point de vue de Marthe, la femme de Colomb).

« Pourquoi Colomb a t-il été choisi parmi les dix-sept ? Pourquoi lui et pas un autre ? Qui l’a choisi ? C’est moi, qui voulez-vous ? » (durant le point de vue du scientifique chargé de la mission).

Comme d’ordinaire on retrouve des éléments qui préfigurent quasiment de façon continuelle dans les romans de Barjavel tel que ce projet scientifique un peu fou qui réunit des spécialistes du monde entier dans un huit clos médiatisé que l’on peut facilement rapprocher à La nuit des temps.

« Ces savants sont des enfants qui s’amusent. Ils ouvrent les choses pour voir ce qu’il y a dedans, ils envoient des cailloux dans le ciel, et ils se créent un vocabulaire à eux, pour que personne ne les comprenne, pour fermer le clan, la petite bande. »

Le mot de la fin 

En bref, un joyeux mélange de sciences et de plaisir, d’amour et de quête de soi, de folie et de réalisme, un petit roman qui se lit très vite et qui se pose là comme une fable délicieusement humoristique et philosophique.

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